Grimmovies – Critique de film d'horreur et fantastique Site de critiques de films d'horreur et fantastiques

29Oct/120

Interview: Raphaël Zamochnikoff, réalisateur de Evil Date (2012)

Evil Date est une petite perle qui s'apprête à envahir nos écrans. Court métrage hommage au film culte de Sam Raimi (l'acteur principal est d'ailleurs également particulièrement troublant tant sa ressemblance avec Bruce Campbell est frappante), il nous fait suivre les mésaventures d'un Don Juan racontant à sa dernière conquête que toutes ses précédentes maîtresses étaient des sorcières.
Son réalisateur, passionné de cinéma avant tout à réussi à mettre sur pieds cet ambitieux et savoureux projet et a accepté de venir nous en parler dans les colonnes de Grimmovies.
Je vous laisse donc avec Raphaël Zamochnikoff qui va nous parler de la genèse de son bébé, véritable allégorie sur le thème des relations de couple sur fond de sorcellerie et de monstres énervés.

Bonjour Raphael, on va commencer piano piano en te demandant de te présenter un petit peu pour nos lecteurs, ce que tu aimes, ce que tu déteste, tes films préférés, la marque de tes chaussettes, ect...
Alors bonjour, je m’appelle Raphaël Zamochnikoff, j’ai 35 ans et je vis à Nice. J’ai toujours aimé le cinéma, en particulier les univers de Spielberg, Lucas, Polanski,Coppola, Hitchcock… et des dizaines d’autres (ça s’est considérablement aggravé depuis). J’aime vraiment beaucoup beaucoup de choses, je suis naturellement curieux, mais si je devais citer quelques exemples de trucs dont je ne pourrais pas me passer, je citerais le chocolat, les bouquins, la créativité et l’écriture, et les films de Terrence Mallick. Hélas je porte des chaussettes banales, mais on trouvera parmi mes films préférés : « L’Empire contre-attaque », « The fountain », « Les dents de la mer », « Indiana Jones et le temple maudit », « The tree of life » et « Blade runner ». Je sais, je sais, c’est pas super original, mais c’est dur de choisir, aussi.

Comment t'es venue cette passion du cinéma, et plus particulièrement du cinéma d'horreur?
Ma passion du cinéma est venue en voyant sans cesse des films, encouragé par ma famille. J’ai grandi avec beaucoup de films autour de moi…Mon frère faisait des films en Super-8 dans les années 80, j’ai été présent sur plusieurs de ses projets. Puis on a eu un camescope, et là j’ai pu commencer à m’amuser aussi. On habitait dans le Jura, on allait filmer dans les bois, le mercredi après-midi, des films en tourné-monté qu’on transcodait sur VHS via une chaîne hi-fi pour ajouter de la musique… Je risque de vous décevoir, je ne suis pas passionné particulièrement par le cinéma d’horreur. Par contre, de grands titres ont marqué ma vie et mon expérience du cinéma, et spécifiquement « Evil dead », « Alien », « Amityville la maison du diable »,les films de John Carpenter (« Fog », « Christine », « La nuit des masques ») et bien sûr, « L’exorciste ».Ce que ces films m’ont transmis, c’est l’importance de l’atmosphère, et une impression de réalité qui m’a d’abord effrayé, puis fasciné.

Et là tu t'es dit, je fais mon film! L'idée est partie comment?
L’idée de faire des films chez moi ne date pas d’hier ! Au début, adolescent, j’étais très attiré par les effets spéciaux, les maquettes, etc. Mais avec « Jurasic Park », l’avènement du numérique, j’ai compris que ce n’était pas forcément une voie d’avenir. J’ai fait un peu d’informatique à la place. Au cours de mes études j’ai vite décidé de passer à l’acte et j’ai emprunté des caméras (HI-8 à l’époque !) pour faire mes premiers films. J’ai expérimenté… jusqu’à l’arrivée des premières caméras numériques, d’Adobe Premiere… et là mes ambitions ont augmentées d’un coup. A l’époque (1999-2000) je ne connaissais pas beaucoup de monde qui voulait faire des films. C’était bien plus rare qu’aujourd’hui ! J’ai embarqué dans mon équipe des copains plombiers, informaticiens, des collègues de fac, et on a fait un ou deux films de mauvaise qualité. Je n’avais pas de formation, je me suis formé sur le terrain. En 2001, j’ai créé une association, Alfy Prod, qui m’a servi à gérer le tournage d’un long expérimental qu’on a mis 5 ans à terminer : un hommage aux films fantastiques des années 50, l’histoire d’un professeur fou qui joue avec les âmes des morts… ça s’appelait « Esprits de famille », c’était juste énorme et on a touché à tout dans ce film, maquettes, images de synthèse, perspective forcée, chorégraphies de combats à l’épée, écrans verts et incrustations, maquillages, décors, retouches numériques… Un véritable OVNI tout fait à base de bricole, mais une aventure de tournage absolument inoubliable.J’ai fait plein d’autres films depuis, dans des genres très différents, parfois sombres,parfois romantiques, de la science fiction et de la poésie visuelle… au gré de mes envies,de mes besoins. Pas mal, non ?

Tu peux peut-être nous en dire un peu plus sur 'Evil Date'? ça parle de quoi exactement?
« Evil date » est parti d’une anecdote amusante. J’ai un copain comédien à Marseille qui ressemble à Bruce Campbell jeune. Je lui ai dit un jour, ça devait être en 2009 : « On devrait faire un film dans l’univers d’Evil Dead ». Il ne savait pas ce que c’était. Quand j’ai écrit le scénario, j’ai eu cette idée du détournement de titre, et du fait que le court métrage ferait référence à l’univers de Raimi sans s’en revendiquer (ça contournait aussi l’histoire des droits, c’était bien commode).« Evil date », tout est dans le titre. C’est l’histoire d’un dragueur-prédateur qui invite une fille chez lui, lui prépare un bon repas, et qui la séduit. Après l’amour, ils sont ensemble, et il est angoissé. Elle le fait parler, et lui, en se confiant, revit ses précédentes relations : des épisodes sanglants avec des sorcières ! Evidemment c’est une allégorie, mais c’est un film qui parle du couple, du danger lattent en chacun de nous de se transformer en un être hostile et du fragile équilibre que cela représente. Les femmes, toutes des sorcières, les hommes, tous des prédateurs ? Où penchera la balance ? Le film rappelle les codes de l’univers d’« Evil dead », notamment au niveau des atmosphères, des maquillages… 

 

Niveau budget et temps, ça a du être compliqué non?
Ce film a mis du temps à se monter, d’abord parce qu’il fallait trouver le bon agenda pour les gens. J’ai profité d’avoir les bonnes personnes autour de moi pour déclencher le tournage. Au départ, les 4 sorcières du film devaient être campées par de magnifiques mannequins, ravies d’être pour une fois enlaidies. Finalement, elles étaient déjà toutes retenues pour des shootings aux quatre coins du monde, alors on a refait le casting à la volée. J’avais une bonne assistante à ce moment-là, qui organisait le plan de travail, les plannings et la recherche des lieux, des accessoires. Tout s’est fait assez vite, assez facilement. J’ai proposé à deux copains réalisateurs dont j’adore le travail (Raphaël Biss et Grégory Montaldo) de faire l’image et la lumière, et on a ramené deux Canon 650D avec des optiques prêtées par un photographe. L’acteur principal, Raphaël Vernerey a ramené le matériel lumière de Marseille, car il était en bons termes avec une boîte de location là-bas. Au final, le film n’a pas coûté très cher, car il a bénéficié d’un solide réseau qui existait déjà autour de moi. Je crois qu’entre la décision de faire le film et la fin du tournage, il s’est écoulé moins d’un mois.

Je suppose qu'au niveau Effets spéciaux et maquillages ça a du être coton. Tu avais quelqu'un pour s'en occuper?
Ah, tu aimes bien penser que tout est compliqué, hein ? Les effets spéciaux n’étaient pas pour ainsi dire très compliqués, bien qu’ils aient demandé un certain soin. J’ai proposé le film à une maquilleuse qui faisait des maquillages en gélatine dégueulasses, ça m’avait botté. On a acheté du matériel, mais elle nous a lâchés en cours de route. Heureusement, j’avais un joker dans ma manche, une copine maquilleuse qui m’a engueulé de ne pas l’avoir appelée en premier. Elle nous a fait des maquillages super, à peu de frais, très créatifs et différents les uns des autres pour les sorcières. Quant aux balafres, blessures du héros, comme le trou qu’il a dans les fesses à un moment, elle a assuré grave sans que je lui mette la pression ! Du reste, il y avait des effets de plateau à réaliser, qui angoissaient parfois mon assistante, si tu veux tout savoir. Une scène prévoyait un coup de batte de base-ball, on a joué un coup de découpage pour préparer l’impact au montage, ça a été très payant, surtout avec le son. Pour une autre scène, il était noté sur le script que l’on devait faire brûler une sorcière sur un lit, et bien sûr, on ne pouvait pas le réaliser dans la chambre de l’action principale. On a prévu le coup au découpage, encore une fois, et filmé séparément un faux corps remuant sous un drap embrasé. Effet saisissant !

En parlant de ça, tu as une équipe fondée pour l'occasion?
J’ai la chance d’être bien entouré. J’ai en fait créé un événement à côté de Nice, basé sur la rencontre des réalisateurs et des équipes de tournage, pour augmenter le réseau cinéma, un projet conduit avec une association nommée Arteo Films et qui m’a apporté beaucoup de soutien. Ca s’appelle « La nouvelle séance » et on a fait trois éditions qui ont attiré pas mal de spectateurs. Pour « Evil date », on a assemblé des forces issues de ces rencontres et ça a très bien fonctionné.

Pour le casting, tu as procédé comment?
Pour le casting il me semble que j’ai déjà répondu plus haut. Je fonctionne souvent au coup de cœur, aux rencontres, un comédien qui m’inspire va me donner un guide pour écrire… ça m’est arrivé fréquemment.

Et tes projets pour la suite?
Les projets se suivent et ne se ressemblent pas. Je viens de terminer le tournage d’un second court métrage, « Alice… » un film d’amour et d’aventure tourné au Canon 5D avec une équipe assemblée un peu comme sur « Evil date » mais encore mieux ! On a passé quatre jours superbes, en pleine nature et lumière naturelle, avec beaucoup de rire et deréussite. Celui-ci sera prêt au printemps.« Evil date » va être terminé pour décembre, et commencera son parcours en festivals.Je travaille d’ores et déjà sur le montage de la production d’un long métrage que j’ai co-écrit et que je réaliserai sur la région de Nice, sans doute fin 2013.Voilà !

Dernière chose: c'est devenu une habitude chez grimmovies, la dernière question est de savoir ce que tu pense du site, ce que tu aimes, n'aimes pas, ce qu'il pourrait manquer ect...
Ce que je pense de ton site : n’étant pas parmi les spécialistes, j’aurais du mal à être exhaustif. Il m’a l’air en progression, c’est-à-dire encore un peu jeune, mais accumulant son expérience lentement mais sûrement. La page que je kiffe, parce que c’est pas fréquent, c’est la base de données des bandes annonces ! C’est bien aussi, j’ai découvert quelques titres que je ne connaissais pas, des affiches… ça m’a donné envie d’aller chercher des infos.

Un grand merci à Raphaël qui a gentiment répondu à nos questions et à Thomas pour la mise en relation. Nous ne manquerons pas de revenir sur ce court très prometteur dès sa sortie.

"EVIL DATE" (Durée : 11 minutes)
Produit par Raphaël Zamochnikoff et Raphaël Vernerey
Ecrit et réalisé par Raphaël Zamochnikoff
Chef opérateur : Raphaël Biss assisté de Grégory Montaldo.
Son : Thibault Guillén
Supervision du son, mixage : Todd Warren
Montage : Raphaël Zamochnikoff
Maquillage : Barbara Krief
Interprétation : Raphaël Vernerey, Amandine Thomazeau, Sophie Payan, Yuliya Shirokova, Maud Clavier et Barbara Laurent.

Réactions
Et puis tant qu'on y est, vous pourriez également apprécier