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9Mai/130

Critique: Maniac – Frank Khalfoun – 2012

maniacSynopsis:
Franck tient une petite boutique de mannequins à Los Angeles le jour et arpente les rues la nuit. Son côté timide et renfermé disparaît alors et fait de lui un chasseur à l’affût de nouvelles proies. Quelque chose se passe lorsqu'Anna, une jeune artiste, vient frapper à sa porte pour lui demander de l'aide. Celle-ci finit par l'obséder au point de libérer certaines pulsions trop longtemps gardées au fond de lui...

L'avis de David:
Maniac (l'original) fait partie de ces perles intemporelles qui restent encore aujourd'hui à la fois très difficiles à regarder et fascinantes à plus d'un titre. Joe Spinell y campe un Franck Zito inoubliable et surtout impossible à détrôner tant son interprétation est glauque,dérangeante, suintante.. Bref, l'annonce d'un remake m'a carrément laissé de marbre à l'époque, même si je savais les compères Aja et Levasseur aux commandes. Puis vint la fameuse révélation du successeur... Elijah Wood! Et là, tempête de boulettes géantes... Comment pouvait-il espérer rivaliser avec Spinell? Chétif, petit, beau gosse; tout le contraire de ce dernier, massif, monumental, avec une vraie tête de grand malade. Une petite partie de la réponse se trouvait dans un de ses précédents rôles: dans Sin city il jouait plutôt bien la carte de la peur avec ce tueur impitoyable toujours dans l'ombre.. La curiosité a fini par prendre le pas sur l'inquiétude et a même laissé place à une attente fébrile qui est enfin récompensée: j'ai enfin vu ce remake mené par un Frank Khalfoun (j'avais bien aimé moi ses mésaventures en sous-sol..) en grande forme, et il fallait au moins ça. Première gageure, tourner tout le film en caméra subjective (on voit en permanence au travers des yeux du tueur); pari risqué mais pleinement réussi à coups d'astucieux mouvements de camera, de positionnements qu'on imagine bien réfléchis et d'une maîtrise qui force le respect. On n'aperçoit finalement Franck qu'au détour de quelques miroirs, rétroviseurs ou vitres et on assiste à certaines séquences amenées de manière très intelligente comme lorsqu'il se cache dans le placard, sa mère entrant dans la chambre avec deux "invités", la caméra se détachant alors de lui pour que le spectateur le voit enfin de face et se rende compte qu'il ne s'agit que d'un enfant. Métaphore pleine de style et nous renvoyant en plein visage ce mal-être, ce complexe dont souffre cet être déchiré. On se sent mal, comme si ce voyeurisme dont nous faisons preuve malgré tout depuis le début se retournait contre nous.

joe

Joe Spinell dans le "Maniac" original. Inoubliable et glaçant.

Deuxième virage à 180 degrés, le changement de lieu. Des bas fonds de New-York, on se retrouve en plein Los Angeles. Le réalisateur expliquera ce choix par ce mélange d'architecture anciennes et nouvelles qui symbolisent ce jeune homme vivant dans le passé. Au même titre que les environnements sont désespérément vides, comme la vie de Franck. A changement de lieu, changement d'ambiance musicale et la petite musique lancinante et flippante laisse place à une bande sonore absolument sublime de ROB (Robin Coudert); véritable pamphlet électro aux pointes tantôt mélancoliques et tristes (Haunted) tantôt péchues et puissantes (Juno), ses notes soulignent parfaitement les moments clés du film. Un véritable bijou à écouter dans la rubrique OST du site. On ne pouvait également pas parler de Maniac sans évoquer son côté gore. Rassurez vous, de ce côté vous n'allez pas être déçus non plus. Franck scalpe de bien belle manière, mais pas que.. Certains meurtres sont réellement crades comme celui de la scène d'ouverture (superbe) durant laquelle une jeune femme n'aura pas le temps de crier (ou si peu); je dois dire que Frodon manie plutôt très bien le couteau et avec une certaine inventivité je vous prie. Certaines séquences du premier ont également été reproduites comme la course poursuite dans le métro (moins réussie ici par contre) ou encore l'onirisme du démembrement final.. Que dire de plus si ce n'est que ce remake m'a vraiment laissé sur le cul et à fait taire toutes les inquiétudes qui pouvaient me tarauder avant sa sortie. Attention toute fois, la fameuse caméra subjective peut ne pas plaire à tout le monde. Elle nous place directement dans la tête du tueur, position plutôt inconfortable au demeurant, et pourrait gêner certaines personnes. En tout cas, elle a moins le mérite de proposer ce qu'aucun film d'horreur n'avait fait jusque là.

Relecture novatrice et inventive, furieusement gore et pleine de désespoir, ce Maniac est un gros coup de coeur. Elijah Wood y est surprenant et colle parfaitement avec ce tueur qui cherche désespérément à plaire à sa mère, perdu dans ses délires œdipiens et sa schizophrénie qui le poussera a assister à sa propre mort, tué par ses mannequins se sentant trompés.. Je dois avouer que ma note tirait vers le 4 au départ, mais j'ai préféré laissé passer un peu de temps et repenser au calme à ce film et non.. je ne peux décidément pas lui attribuer autre chose qu'un 5 tant il entre directement dans mon top des meilleurs remakes de tout les temps.
5s5

Mike en parle:Que les choses soient claires dès le départ: je n'ai jamais vu l'original. Bah, j'ai encore été bluffé; je ne vais avoir qu'un avis sur la psychologie du serial-killer, Elijah Wood (quoique je ne suis pas trop sur que le casting ai été impartial, mais bon). La manière de fétichiser par le toucher le corps des femmes fraîchement tuées, les caresses (et même la surface du bain moussant) m'offre un éventail de similitudes avec "come una crisalide" (Symphony in blood red).. Des meurtres sadiques et cash (pas de monnaie à rendre), le tout sur névrose de dédoublement de personnalité: l'une accepte le droit chemin, mais l'autre le torture pour le forcer à passer à l'acte alors qu'il est pleinement conscient de ce qui est bien et mal (à la différence d'un psychopathe qui n’éprouve absolument rien devant la souffrance de ses victimes) d’où la frontière entre possession et domination. D'ailleurs son "bon" coté ne rêve que d'une relation stable avec une femme qu'il pourra "enfin" aimer. C'est peut-être pour ça que l'on a confié le rôle a Elijah Wood, pour que la romance avec "Anna" la photographe prenne plus de sens. Bon plongeons encore plus en profondeur: les psycho-flash-back entre lui enfant (rappelez vous au début quand il cherche une photo pour son profil, et qu'on le voit caché dans des cartons...c'est pas pour rien!), et sa mère vont s’enchaîner de plus en plus vite, ce qui lui fait totalement perdre pied avec son identité (enfin, le bon coté); tout simplement par la loi du talion, "œil pour œil, dent pour dent". Ce qu'on lui a infligé, il l'inflige à son tour (il scalpe les femmes pour que tout le charme physique s'effondre en se vengeant mentalement de ce que sa mère lui fait subir). Arrive l'expo de ses mannequins, à l’effigie d'Anna, ce qui est encore pire pour lui, car plutôt que de lui faire plaisir, il va avoir le sentiment de s’être fait b#$*r en beauté et d'être tourné en dérision (ce qui va le finir totalement)....Juste encore une parenthèse avec "come una crisalide": les points de départ sont différents mais il en résulte le même comportement. Bref, pour ma part, sorti de la scène du parking (très téléphonée  quand il se cache sous la voiture pour lui trancher la jambe, et la scalper) je trouve que c'est un film d'une profonde tristesse (dans le bon sens) avec un final en apothéose.. Chacun y verra ce qu'il veut y voir... méditez-ça... 4/5

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