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11Juil/130

Interview: Jonathan Degrelle – Le papa d’Orphyr a la main verte…

Photo_J_Degrelle

Mettant de côté mon statut de gribouilleur de Rewind du mercredi pour me glisser dans la peau d'un reporter, j'ai forcément mis mon chapeau, badgé la carte de "presse" au veston, mon kit calepin/stylo dans la poche intérieure... Le tout pour essayer de faire un cadrage gros plan sur Jonathan Degrelle, réalisateur des courts métrages suivants : "La Fleur de l'Awaï" et "Orphyr", dernier en date. Je vais tenter de lever le flou et faire une mise au point sur son métier, sa passion et ses projets... focus sur 10 angles de vue en 10 questions...

Salut Jonathan, merci d'avoir bien voulu répondre à quelques questions. Essayant de te mettre sous le feu des projecteurs avec notre petite lampe de poche "made in Grimmovies", il me semble que nous ayons involontairement minimisé ton C.V. ne parlant de toi qu'en terme de réalisateur, peux-tu nous en dire plus sur toi, ton parcours et tes nombreuses autres casquettes ?

- J'ai un parcours assez classique je pense. Une fois mon bac littéraire en poche, j'ai attaqué une fac d'arts plastiques, pour enchaîner sur un master audio-visuel et infographie. Mais honnêtement, l'université ne m'a pas servi à grand-chose. Je me sentais perdu au milieu d'« artistes » qui faisaient un trait sur une toile et qui avaient 18 de moyenne car ils sortaient le discours qui allait avec. J'ai beaucoup plus appris lors de stages, ou encore en squattant les quelques tournages auxquels j'avais accès à l'époque.  Bizarrement c'est surtout en tant  que cadreur / monteur institutionnel / Pub que je gagne ma vie. On fait aussi appelle à moi en tant qu'étalonneur ou monteur fiction. J'espère pouvoir un jour passer de l'autre côté de la barrière et vivre enfin de ma passion : la réalisation de fictions. C'est le rêve de beaucoup et il faut s'accrocher à mort pour y arriver. Croire en ce que l'on fait : expression toute faite, mais néanmoins primordiale. Ce métier, c'est un vrai marathon, où jours après jours on est un peu plus crevé, mais p.... quand arrive un bon projet, on reprend des forces et on décolle.

Nous nous sommes récemment rencontrés au festival Bloody Week-end pour la projection d'Orphyr dans le cadre de la compétition court métrage par vote du public,  qu'est ce qu'il en ressort ?

 - C'est toujours un chouette moment de voir son film diffusé devant un public. Je pense que le film à plu, au vu des retours que j'ai eu suite à la projection. Un grand merci à Loïc pour la sélection du film. On angoisse toujours un peu à  chaque projection. Me concernant, c'est toujours comme une première : même stress et même angoisse... Sur le Bloody Week-end, ma petite fierté, c'est le fait que Caroline Munro ait vu « Orphyr ». En effet, Sinbad reste un film culte de mon enfance et des années après, savoir que l'on montre son propre travail à une actrice que l'on adorait gamin, ça n'a pas de prix. C'est un peu comme si deux mondes s'entrechoquaient. On a l'impression de toucher du doigt le cinéma que l'on adorait gamin et d'en faire peut-être enfin parti. Il en ressort donc une petite fierté, on se dit que de « grandes » personnes voient le film, même si tout cela reste relatif.

orphyrConcernant ton personnage principal (Orphyr), j'ai découvert que nous avions en commun la passion du litron, l'ambiance troquet, la méthode bien particulière de nettoyage des verres par Frédine, serait-ce un sentiment de "vécu" ? ou un stéréotype/clin d’œil du nord de la France ?

 -Je ne bois pas et je ne fume pas : autant dire que je ne suis pas un habitué des troquets et des bars. Le vécu, je ne l'ai pas vraiment. J'ai donc créé une version fantasmée et imaginée d'un bistrot et de sa patronne. Et ce qui en ressort, c'est cette petite auberge plus proche de la chaumière des sept nains que d'un vrai troquet du Nord.

En tant que scénariste, d'où puise tu la source de ton inspiration ? tes lieux d’écriture ? des endroits qui t’envoûtent ? Raconte nous tout, sauf ce que tu ne veux pas nous dire 🙂

 - Mon inspiration, je la puise de ce que je vois au cinéma, dans les jeux vidéos et à la TV. Certaines idées me viennent en écoutant de la musique aussi. Je vais casser le mythe du scénariste, car j'écris devant la TV, où en écoutant l’émission de Laurent Ruquier sur Europe 1. Le silence absolu me fait peur, j'ai besoin d'avoir un minimum de bruit autour de moi pour écrire. Comme je suis un véritable Hermite et que j'évite au maximum de sortir de chez moi, la TV et la radio sont mes vrais compagnons d'écriture. Ce que j'entends ou ce que je vois, me fait venir des images et des idées en tête. Je couche cela sur le papier (du moins sur l'écran d'ordinateur) et je relis encore et encore, enchaînant corrections, relectures et inspirations. J'écris dans mon canapé, où dans ma chambre. Rien de très magique dans tout cela. Mais je suis entouré d'objets qui m'inspirent : mes DVD, mes jeux vidéos, mes figurines. Et surtout, ma Marie qui me soutient et qui reste ma première spectatrice. Elle ose me dire : « Là, ce que tu fais, c'est de la m... ». Et 90 % du temps, elle a raison... L'inspiration vient aussi de « défis » techniques. Je me dis « Qu'est-ce-que je pourrais faire avec Éric Alirol (mon ami et chef opérateur) qui entrerait parfaitement dans la narration qui serait un véritable challenge ?». Et hop, j'écris la scène correspondante à cette réflexion.

Pour les novices comme moi ou les amateurs en quête de devenir qui fantasment de se lancer un jour dans l'aventure de la réalisation, comment opère la magie de partir d'un projet papier jusqu'à concrétiser un court?  est-ce la même recette pour tes autres réalisations?

 -Me concernant, j'écris sans me donner aucune limite à part celle du temps du projet. (court-métrage, série, 52mn...). Du fait, dans le scénario, il y a des trucs méga-farfelus : des robots, des dragons, bref des trucs irréalisables à mon échelle. Mais j'adapte par la suite pour que cela corresponde à ce que je souhaite faire, sans dénaturer la valeur du récit. En fait, entre l'écriture et le tournage, la magie disparaît bien vite quand on se lance dans les dossiers, les devis, les budgets. C'est le côté le moins fun du job, mais sans ça, rien n'avance. On apprend énormément de ce passage administratif. Même en auto-production, il faut un minimum d’organisation si on veut faire les choses sérieusement, sinon cela devient vite foireux et bordélique. Sur « Orphyr », chaque plan était story-boardé et a été tourné comme sur le papier, même si quelques adaptations ont eu lieu.  Des fois je bosse sans découpage technique, je me pointe sur le tournage et je laisse aller l'inspiration, c'est un peu casse-gueule, mais une super montée adrénaline se forme et une alchimie dans la création et dans l’équipe a lieu.  Je trouve que l'on voit vraiment la magie opérée au montage. Le film prend forme, on voit si on s'est loupé où non, si le film fonctionne ou si on va droit dans le mur. La magie, dans mon cas, n'est donc pas présente sur toute la durée de production d'un film, mais elle revient très régulièrement et c'est ça qui est bon.

dsc_3979Juste en quelques mots, je trouve que pour certains courts ou même films indépendants a tout petit budget il y a une différence énorme en terme de qualité d'image, un côté fade et des couleurs uniformisées, cela vient-il uniquement de la différence entre caméra numérique et péloche ?

 - C'est un tout : une image vient du travail du chef-opérateur, en passant par la caméra et les optiques utilisés, jusqu'à un étalonnage poussé. Le « grain » pellicule peut s'obtenir numériquement maintenant. Tout dépend donc de la vision que l'on a du projet et de sa « direction  artistique ». Mais quand je vois certaines images faites au DSLR, je me dis que le numérique n'a rien à envier à la pellicule. Peu importe le médium utilisé, tant que l'émotion est belle et bien présente.

Après le montage, vient la distrib, comment ça se passe ? Dans le cadre de la diffusion de programmes courts sur Canal +, Arte ou autres, y a-t-il un soutien de leurs part ? Ou c'est du genre les amis des amis sont mes amis et basta ?

 -Orphyr a été produit par une association, donc pour la distribution et la diffusion du film : c'est bibi qui s'y colle 😉 Les achats TV se voient être difficiles, quand il n'y a pas de société de production derrière. Je pense qu'il y a un véritable soutien des TV quand il y a pré-achat du film. Le CNC bénéficie d'une aide à la qualité sur les courts-métrages, mais là aussi, quand le film est produit par une association, l'aide est compliquée à obtenir. Les portes sont assez fermées en fin de compte, surtout pour du fantastique. Du fait, je me renseigne dans mon coin, j'envoie en festivals et en soirées de projections. On vient aussi me chercher pour certaines projections, où pour faire un billet sur le film (c'est d'ailleurs très touchant de voir que le film intéresse). Le principal, c'est que le film soit vu et qu'il puisse m'ouvrir d'autres portes pour les projets futurs. « Orphyr » doit être une carte de visite pour l'équipe qui se sont démenés comme des bêtes et pour moi-même. J'essaie d'être le plus ouvert possible et de défendre le film avec mes tripes ; pour qu'il ne meure pas dans son coin comme c’est le cas pour, malheureusement, de nombreux courts métrages.

Et pour la suite, tes projets futurs? Tes envies ?

 -Deux projets à venir me tiennent particulièrement à cœur. Le premier, une shortcom auto-produite dont six épisodes ont déjà étaient réalisés. Une diffusion TV est en cours de discussion et logiquement sur la bonne voie. Ensuite, je suis en train de travailler sur mon prochain court :  « Notre-Dame 1888 », d'après « Notre-Dame de Paris » de Victor Hugo. Il s'agit d'une adaptation steam-punk du célèbre récit narrant l'aventure du plus célèbre des bossus. Ici, il est mi homme / mi machine, dans un Paris violent et noir où la Tour Eiffel est encore en construction. Le projet est actuellement en recherche de productions,  les dossiers sont partis à droite à gauche, ne reste plus qu'à croiser les doigts pour qu'un producteur ait les c.... et le coup de cœur pour se lancer dans ce projet fou. Mon envie : que le public découvre enfin la shortcom grâce à une diff TV, pour que le travail de l'équipe soit quelque peu reconnu et diffusé. Travailler et s'amuser entre nous c'est bien, mais être vu et partager son travail, c'est beaucoup mieux.

hideo-nakata-the-ring_L'avant dernière question qui me titille et vu que c'est notre pain quotidien, ce sera forcément : Quel est ton ou tes films d'horreur préférés ? Voir même fantastiques ou S.F, soyons fous 🙂

 - Mon film d'horreur préféré est sans aucun doute « The ring » d'Hideo Nakata. Ne serait-ce que pour l'influence que le film a eue sur la production des films d'horreur. On ne compte plus les petites filles aux cheveux gras dans ce type de productions. D'ailleurs la petite fille présente dans « Orphyr » est un clin d’œil à « The ring », en beaucoup moins dégueulasse ^^ J’adore aussi « La mouche », « The thing », où encore les bons slasher des années 70: d' « Halloween » à « Massacre à la tronçonneuse ».

La question a deux balles : Est ce que ça te dirait un jour de te pointer sur un tournage avec le pantalon bouffant de réalisateur style années 1900, le cornet et le galure ?? (j'avais prévenu!)

 -OH QUE OUI !!! Ça me tente à 100%. Mais  à une seule condition, revenir vraiment à cette époque, avoir Méliés en superviseur FX sur le tournage et pouvoir rencontrer Abel Gance sur le tournage de « Napoléon ». Pour discuter de la production d'un Blockbuster de l'époque. De nos jours, ne serait-ce que pour le look et pour le fun, je me présenterai sur un tournage comme cela sans aucun problème.

Et pour finir en beauté, La question qui n'en est pas une : extrêmement simple, si tu veux nous poser à ton tour une question, nous donner une impression, ou sur Grimmovies, lâches toi, tu seras un Grimmer !

 Ma question est toute simple, on a déjà du même vous la poser je pense. D’où vous vient cet amour pour les films d'horreurs et fantastiques ? Quel était le premier film qui vous a donné le déclic pour vous intéresser particulièrement à ce cinéma ? Autre question : quel est le plus mauvais film d'horreur selon vous ? Un grand merci pour ce petit espace de liberté que vous m'avez accordé, c'est toujours un plaisir de répondre à des questions intéressantes comme celles-ci. Je te laisse donc ton calepin, ton stylo, te laisse ranger ton borsalino et ta carte de presse dans ton imper et te remercie pour cette petite place faite à « Orphyr » sur votre site.

Mike : oulala, très bonne question.. Souvenirs, souvenirs, bah c'est l'histoire de deux petits collégiens qui trouvaient le temps long... on commença donc à louer au vidéo-club du coin des VHS (oui, oui, pas V2000), étant toujours à farfouiller dans les jaquettes les plus trash du genre le "film interdit ceci" ou "pire que celui que je viens de citer avant" enfin, pour ma part, ce serait le style "L'Enfer des Zombies", "Creepshow", mais entre-temps, il est vrai qu'on louait du "Y a-t-il un pilote dans l'avion"..Imagine le contraste ! Par contre je suis très série, un bon vieil épisode de "la quatrième dimension" ou même "les envahisseurs" fonctionne toujours très bien sur moi. Le meilleur reste un film (qui n'a rien de gore) mais me fout toujours les jetons "The Grudge", je ne sais toujours pas pourquoi d'ailleurs ! Le coté "pire" je crois que c'est de s'apercevoir qu'un film tagué horreur est effectivement "une horreur" et rien de plus, mais bon... j'en ai déjà fait des caisses dans mes critiques alors je passe la parole à mon acolyte, en te remerciant énormément d'avoir pris de ton temps pour répondre à toutes mes questions, te souhaitant un long et bon parcours et surtout,  n’hésite pas a venir prendre un rafraîchissement du coté de chez Grim, nous sommes toujours ouverts 🙂
David : Oulala très bonne question.. Mince il l’a déjà dit… Ben je faisais parti également des deux petits collégiens (mais pas Mike, l’autre.. J ) et pour ma part c’est « L’enfer des Zombies » du maitre FULCI que j’avais réussi à chourrer à mes parents en douce et qui m’a terrifié dès la première scène.. Le second devait être « Anthropophagous » je crois et zou, une passion était née. Après, il est vrai qu’avec Mike on faisait souvent le grand écart (je le fait aussi au sens propre mais pour d’autres raisons..) en regardant autant du ZAZ que du Lucio FULCI ou du ROMERO. Pour le plus mauvais, y en a des caisses quand même, ça va être compliqué.. mais des trucs comme « Creepshow 3 » (qui est une insulte à l’original) ou encore les derniers « Wrong turn » (j’adore le premier et j’aime bien le second) qui sont de véritables purges bourrées de CGI dégueulasses. Bref, moi j’aime bien le travail fait main et le bon vieux latex à l’ancienne.. Merci encore à toi d’avoir participé à ce petit interrogatoire de l’ami Mike et n’hésite pas à passer nous voir ou à nous parler de tes projets futurs.

Propos recueillis par Mike pour Grimmovies.

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