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22Juin/150

Critique: Green room – Jeremy Saulnier – 2015

greenroomSynopsis:
Faute de cachets satisfaisants, les membres d’un groupe de punk en sont réduits à siphonner de l’essence pour continuer leur route dans leur van. Ils sont sur le point de laisser tomber leur tournée quand on leur propose de se produire dans un petit club isolé dans la forêt. Ils acceptent malgré l’aspect glauque du lieu où crânes rasés et croix gammées sur les murs sont légion. Après le show, l’un d’entre eux est témoin d’un meurtre. Rejoins par les autres membres du groupe, ils se barricadent dans la « green room » pour échapper aux violents tenanciers néonazis de l’endroit, bien décidés à les éliminer un par un...

L'avis d'Alice:
Le 17 mai dernier, les centaines de cinéphiles qui se sont massés devant l’hôtel Marriott à Cannes témoignent de l’attente suscitée par le retour de Jeremy Saulnier à la Quinzaine des réalisateurs. Comme « Blue Ruin », son précédent film, « Green Room » y était en effet présenté en avant-première mondiale. En 2013 Jeremy Saulnier avait beaucoup marqué les esprits et les festivals avec cet excellent film de vengeance viscérale. C’est donc avec beaucoup d’enthousiasme et d’impatience qu’on attendait la confirmation de son talent. La grande salle de 820 places du Théatre Croisette était pleine à craquer, d’autant plus que le film était suivi d’une session de Questions/Réponses avec le réalisateur. Ecrit et réalisé par Jeremy Saulnier, « Green Room » est au croisement de plusieurs genres : film d’horreur, thriller, survival, huis-clos, film de siège… « Pour moi ce n’est pas un film d’horreur, c’est un film de guerre » rectifiera le réalisateur à l'issue de la projection. « Dans les films d’horreur il y a des thèmes dont on peut s’inspirer comme par exemple la maison hantée qui est une chose que j’aime énormément, mais là j’avais plutôt en tête des références comme « Apocalypse Now ». L’idée c’était vraiment d’avoir des personnages qui sont obligés de donner tout ce qu’ils ont dans les tripes alors qu’ils n’ont aucune idée de comment faire. Mais il faut qu’ils y aillent, il faut aller à la guerre. » Cette confrontation sanglante punks/skinheads offre son lot de violence et de gore: gorges arrachées par des mâchoires canines, ouverture ventrale au cutter, violents coups de machette et de couteaux, explosions de chairs par arme à feu… Certains spectateurs ont confessé avoir été dérangés par la violence frontale du film, malgré la bonne dose d’humour noir distillée tout au long du métrage qui lui donne un côté fun particulièrement jouissif. Il est vrai que les explosions de violence et les effusions de sang surviennent de façon parfois totalement inattendue, faisant osciller les réactions du public Cannois entre rires et cris d’effroi. Au casting, on retrouve Macon Blair, le héros de « Blue Ruin », ainsi qu’Anton Yelchin (« Star Trek: Into Darkness », « Terminator Salvation »), Imogen Poots (« 28 semaines plus tard ») mais aussi Patrick Stewart, le Jean-Luc Picard de « Star Trek : La Nouvelle Génération » et le professeur Xavier dans les films de la saga X-Men. Bien que sous employé dans le film en termes de durée d’apparition, l’acteur est très charismatique en leader neonazi. « On m’avait raconté des tas d’histoires terribles lorsqu’on engage de grandes stars mais en fait avec Patrick Stewart, ça s’est extrêmement bien passé. Il est arrivé la veille du tournage et la première prise qu’on a faite (Attention SPOILER !), c’est quand il se fait tirer une balle dans la tête. Il y a vraiment mis beaucoup d’intensité et d’engagement. » Doté d’une photo soignée lui conférant une ambiance poisseuse, la mise en scène est parfois inégale, un peu brouillonne dans l’utilisation de l’espace du décor, alors que le hors-champ est bien maîtrisé, provoquant l’effet de surprise tout en maintenant une tension régulière. De l'aveu même du réalisateur, mener à bien un projet comme « Green Room » n’est pas chose aisée : « Avec ce projet il fallait construire tout le décor à plusieurs étages; il y avait les chiens, les effets spéciaux, j’avais un peu peur de tout ça. Or les techniciens des effets spéciaux et les maitres chiens ont été les gens les plus faciles avec lesquels j’ai travaillé. Ils réussissaient à faire des choses extraordinaires et plus je leur en demandais, plus ils disaient : « Allez d’accord, on repart ». C’est ce qui est le plus difficile quand il y a tellement de gens impliqués, il faut faire en sorte que chacun soit là au bon moment au bon endroit ». «Bien sûr dans l’industrie du cinéma il y a tout un « envers » qui est nécessaire, les avocats et tout le reste et aux Etats-Unis, c’est difficile de faire un film indépendant. On s’est par exemple vraiment attachés à ce que tout le monde touche son salaire dans les temps. Mais nous étions vraiment très soudés, toute l’équipe a été formidable tout du long. Je peux vous dire aussi que par rapport au budget prévisionnel de départ nous avons économisé 3 millions de dollars, et malgré tout nous avons réussi un film extrêmement proche du scénario initial auquel on a pas changé un mot. Ca a été une aventure incroyable qui nous a un peu laissés sur les genoux mais à part ça tout va bien ! » Mais au fait, pourquoi le film s’intitule t’il « Green Room » ? « Aux Etats-Unis, c’est comme ça que l’on appelle la salle dans laquelle les musiciens se réunissent avant et après un concert. » conclura Saulnier à la fin de la session Questions/Réponses. Et donc le nom du lieu dans lequel nos sympathiques punks se retrouvent piégés.

« Green Room » est un film de genre violent, gore et drôle. Le mélange des genres fonctionne bien et en fait un divertissement agréable à la fois tendu et fun. Malgré son efficacité, le tout manque quelque peu d’originalité et souffre de quelques problèmes de rythme, la faute à un scénario prévisible et à un manque de caractérisation des personnages. Jeremy Saulnier reste cependant un cinéaste à suivre de près.
3s5


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