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30Août/150

Critique: Zombie – George A. Romero – 1978

zombieSynopsis:
Le monde est plongé en plein chaos depuis que les morts se sont relevés, attaquant les vivants afin de dévorer leur chair. Un petit groupe de survivants s'enfuit avec l'aide d'un pilote d'hélicoptère et se réfugie dans un centre commercial abandonné. Non sans difficultés, ils finissent par s'approprier les lieux. Alors qu'ils tentent de reconstruire un semblant de vie à l'intérieur, les choses empirent dehors et la situation devient vite incontrôlable..

davidL'avis de David:
Après "La nuit des morts-vivants" qui choqua l'Amérique par sa noirceur et son jusqu'au boutisme, George Romero revient nous livrer la seconde partie de son triptyque désormais célèbre (clôturé par "Le jour des morts-vivants") qui deviendra même une "sixology" bien des années plus tard ("Land of the Dead", "Diary of the Dead" et "Survival of the dead"). Qu'on s'entende bien tout de suite, "Zombie" (aka "Dawn of the dead") est un film culte, un vrai, et à plusieurs niveaux. Au niveau du capital nostalgie tout d'abord, avec cette sacro-sainte période des années vidéo-clubs qui nous manque tant et cette collection René Chateau qui nous a tant fait rêver ("Les films que vous ne verrez jamais à la télévision"). Au niveau du choc qu'il a provoqué tant les effets gores de Tom Savini ("The Burning" ou encore "Massacre à la tronçonneuse 2" pour ne pas tous les citer) envoient du lourd. Et enfin au niveau de la satire sociale que Romero étale sous les yeux du spectateur comme pour lui montrer dans quel caca il patauge mais sous couvert d'un divertissement allant finalement à l'encontre de ce qu'il dénonce (certains n'y verront même que du feu). Plusieurs versions du film ont circulé depuis sa sortie dont une énorme Director's Cut de 156 minutes mais c'est de la version Européenne que nous parlerons ici (127 minutes au compteur) dont le montage a été effectué par Dario Argento himself ("Suspiria","Phenomena"), en grand fan de Romero. Celui-ci a même demandé au groupe Goblin de signer la musique qui deviendra l'une des plus cultes de l'histoire du cinéma d'horreur. Préambule à ce qui deviendra un genre à part entière, le buddy-movie (le black et le blanc qui font équipe dans la joie et la bonne humeur), avec un paradoxe tout de même: ce ne sont pas forcément les plus forts qui survivront le plus longtemps. Et de survie il en est question, bien plus que de vie d'ailleurs; pour un monde désormais remplit de morts, c'est plutôt bien vu. "Quand il n'y a plus de place en enfer, les morts reviennent sur terre".. Une phrase qui restera gravée dans les mémoires de bon nombre de cinéphiles. Mais l'enfer est-il bien celui que l'on croit. Les morts sont-ils vraiment ces monstres affamés de chair humaine qu'on nous montre ou ne sont-ils que le reflet de nous même, bêtes créées de toutes pièces par une société qui nous pousse à "dévorer" toutes les futilités qu'elle nous propose. Nous ne prenons plus le temps de vivre, mais de survivre, en essayant d'exister au travers des biens que l'on possède; et là le parallèle avec le supermarché est particulièrement flagrant (les morts y reviennent.. par habitude..). Au delà de cette satire qui montre un monde qui s’entre dévore et qui finalement va directement vers l'auto-destruction (Romero peut-être qualifié de visionnaire à ce stade), le film est également bien punchy, alignant des séquences toutes plus tendues les unes que les autres (les camions, l'attaque des pillards, la prise d'assaut d'un immeuble au début..) et surtout mettant en valeur les effets spéciaux de Savini de la plus belle des manières.. Éventrations, décapitations, morsures qui font vraiment mal (dans l'immeuble, celle du mari qui mord sa femme au bras me hérisse encore les poils) jusqu'à un final en forme d'orgie cannibale qui montrera sur un écran ce qu'on n'aurait même pas ne serait-ce qu'imaginé à l'époque.. Tom Savini apparaît d'ailleurs plusieurs fois dans le film, dans le rôle d'un biker mais aussi dans celui d'un zombie lors de la scène des camions (celui qui brise la fenêtre avant d'être abattu). Ses deux enfants font également une apparition au début dans la station service. A noter pour les plus puristes que le maquilleur n'était pas toujours content du travail qu'il avait accompli (et pourtant quelle classe même encore aujourd'hui..); les zombies devaient être gris à la base (comme dans "La nuit des morts vivants" qui était en noir et blanc) mais il reconnu ensuite que c'était une erreur tant le tout avait viré au bleu (ça schtroumpf pas).. Mais la petite bourde dont il est le moins fier est bien visible lors de la séquence finale: un des bikers est au sol et se fait éventrer par les morts vivants; sur le côté droit de son torse, on peut voir l'ensemble de la prothèse collée avec une sorte de scotch.. Complètement transparent pour le commun des mortels, mais rigolo quand on écoute le maître s'en expliquer lors d'interviews..

"Zombie" est très certainement à mes yeux l'un des plus grands films de morts-vivants de l'histoire du cinéma, si ce n'est le plus grand. Son remake réalisé par Zack Snyder en 2004 avait beau être très réussi, il ne lui arrivera pas à la cheville. Une inoubliable virée en enfer, violente, sanglante, intelligente et surtout diablement provocatrice. Le film a tellement marqué les esprits et a eu tellement de succès qu'un certain Lucio Fulci s'est empressé de lui emboîter le pas avec un "Zombi 2" ("L'enfer des zombies" chez nous) au titre un peu borderline puisque sans aucun rapport avec l'oeuvre culte de Romero (même si au final très réussi aussi).. En un mot comme en cent, un bijou inoxydable qui n'a pas pris une ride.
5s5


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