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21Sep/150

Dossier: Diary of a Zombie, chronique d’un mort-vivant…

zombie-1978-10-gLe Zombie! Du plus profond des légendes Haïtiennes, en passant par les rites Vaudou les plus ancestraux ou tout simplement né d'une infection bactériologique, le Zombie fait désormais partie intégrante de notre paysage cinématographique.. Depuis 1936 en fait.. "White Zombie" déterrait les cadavres pour la première fois et ouvrait une porte à ce chasseur de vie qui ne maîtrise plus la sienne. Depuis on en a vu passer des vertes et des pas mûres.. Surtout des vertes d'ailleurs et l'odeur qui allait avec (bien mûre elle). Si on devait l'expliquer, le phénomène du Zombie provient tout droit de la culture Vaudou. Il s'agit en général d'un mort qu'on ramène à la vie à l'aide d'incantations savantes et qui devient votre propriété (comprenez qui est totalement sous votre contrôle). J'en vois déjà au fond qui sont en train de se dire "Chouette, ça peut être vachement utile ça.."; oubliez tout de suite.. Pour les examens c'est pas vraiment le top (inutile de réveiller Einstein pour passer le Bac S à votre place, il ne se rappellera pas de grand chose..) et pour le reste non plus d'ailleurs.. L'infection par virus arrivera bien plus tard histoire de dynamiser un peu un genre qui s'essouffle et qu'on aimerait bien remettre sur le devant de la scène. En plus, les virus, c'est vendeur et ça fait peur (le Pentagone disposerait même d'un plan de sécurité en cas d'invasion Zombie..). Plusieurs cas aurait été relevés, le premier en 1937 par l'écrivain Zora Neale Hurston qui enquêta sur l'un d'entre eux en Haïti. Ses conclusions furent sans équivoques, décrivant ces revenants comme de simples mortels sous l'effet de psychotropes (Tétrodotoxine entre autres). Certaines périodes de notre histoire virent même les morts assommés avant d'être enterrés pour éviter qu'ils ne se relèvent.. Les croyances humaines étant sans limites, elles débordèrent forcément sur les médias les plus aptes à raconter ces histoires: le dessin, l'écriture bien sur et peu à peu le 7ème art..

Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à nos kebabs vu l'état de la bidoche qu'on nous propose, et parlons de ce qui nous intéresse: le cinéma.plan9FromOuterSpaceZombieVampire Oui, on a déjà parlé de "White Zombie", chaînon manquant de l'évolution du film de morts-vivants, passons donc directement aux œuvres de l’inénarrable Ed Wood; nous faisons donc un saut dans le temps de 23 ans à peu près pour nous intéresser à sa vision du revenant.. Avec "Night of the ghouls" tout d'abord mais surtout le très connu "Plan 9" qui voit nos amis extra-terrestres tentés d'envahir la terre en réanimant les morts... Vendu comme l'un des pires film de l'histoire du cinéma, il fera tout de même date sur la pierre tombale à droite près de l'entrée et balisera le terrain pour quelques courageux qui tenteront de reprendre le flambeau. Herk Harvey ("Carnival of souls"), John Gilling ("Plague of the Zombies") ou encore Del Tenney ("I eat your skin") précéderont celui qui deviendra le papa des Zombies que nous connaissons le mieux, George A.Romero. Car oui, c'est bien en 1968 que tout commença réellement avec "La nuit des morts vivants" qui provoqua un immense choc et ébranla la société Américaine. Librement inspiré du "Je suis une légende" de Richard Matheson, le film de Romero se voit empreint de ses convictions politiques et pour la première fois fait d'un Afro-Américain le héros de son histoire. L'attaque des morts faisant le parallèle avec une guerre du Vietnam qui fait rage, le film finira mal mais deviendra l'un des films indépendants les plus rentables de l'histoire du cinéma.romero
La première trilogie des morts-vivants était alors enclenchée.. "Zombie", puis "Day of the Dead" suivront et poursuivront la critique sociale de l'ami George en montrant tour à tour des Zombies qui rêvent de consommer à nouveau afin de retrouver leur humanité et des Zombies qui ont trop consommé et qu'on essaye d'éduquer à redevenir humain. Satire au vitriol d'une société qui nous pousse sans cesse à posséder sans mériter ("Quand il n'y a plus de place en enfer, les morts reviennent sur terre.."), ces deux suites éclabousseront les écrans de scènes toutes plus gores les unes que les autres (orchestrées par un Tom Savini au sommet de son art). Un remake du premier sera même enclenché dans les années 90, confié à Savini par Romero lui-même, attristé de ne pas avoir pu travailler avec lui sur la version de 68 (le célèbre maquilleur était alors mobilisé par l'armée et pataugeait dans le sang et les trippes.. Les vraies cette fois..). La boite de Pandore était ouverte, et ça allait très bientôt sentir le ravioli..

enferzombilavionParceque oui, il n'en fallait pas plus aux producteurs Italiens pour faire sauter le couvercle et envoyer le coulis de tomates sur des boulettes encore toute tremblotantes. Cannelloni à la main, Lucio Fulci nous sert "L'enfer des Zombies" qui sera même titré "Zombi 2" en référence au film de Romero (pour tenter de surfer un petit peu sur le succès de celui-ci; d'ailleurs on y verra presque un Zombie sur une planche, ou tout du moins en mode plongée.. "Jaws" n'est pas loin.. ). Fulci embrayera sur "L'au dela","Frayeurs" et bien entendu "La maison près du cimetière", quadrilogie exceptionnelle empreinte d'une poésie macabre absolument unique et qui continue encore de nos jours à forcer le respect dans bien des domaines (les effets de Giannetto de Rossi, les musiques de Fabio Frizzi, ces ambiances qui font vraiment peur..). Même si pas mal de navetons profiterons aussi de cette notoriété nouvellement gagnée ("Le manoir de la terreur", "L'avion de l'apocalypse"..), Romero aura marqué toute une génération et permit de découvrir ces films "que vous ne verrez jamais à la télévision". Même le Français Jean Rollin s'y essaya avec "Le lac des morts-vivants" et à croire qu'on aimait les voir dans l'eau (peut-être est-ce la scène du requin du "Zombi 2" de Fulci qui a éveillé des vocations..) puisqu'un certain Ken Wiederhorn lancera également son "Commando des morts-vivants"; la mode du Zombie amphibie serait-elle lancée..? "House", "La nuit des sangsues", "Video Dead", ce qui est sûr en tout cas, c'est que la mode des Zombies est elle bel et bien lancée; et avec force. On ne peut pas également passer sous silence le fantastique "Brain Dead" de celui qui passera l'anneau aux fans de Tolkien, grand prix du festival d'Avoriaz 1993 et champion toutes catégories du gore à outrance. Mais comme on aime bien rigoler à Grim, on citera au passage quelques perles un peu moins glorieuses du genre comme "Zombi 4: After Death" (première apparition, et surement dernière d'ailleurs, de Zombies ninja qui se battent et mettent des kicks), "L'avion de l'apocalypse" qu'on a déjà cité plus haut (là ce sont les Zombies soldats qui utilisent des armes à feu, conduisent, pilotent et courent partout..) ou encore "Zombie holocaust" et son mannequin qui perd un bras pendant une chute (culte!).  Soubresaut dans ce marasme ou tout semble tourner en rond, "Le retour des morts-vivants" marque un bel essai en ajoutant la composante humour à la recette, une franche réussite. Peu à peu, les années 90 verront la saturation du genre et marqueront le début d'une pause assez longue clouant nos amis décharnés dans le cercueil pendant un bon moment..

dawn-of-the-deadEt c'est le Britannique Danny Boyle qui selon moi relancera la machine en faisant basculer notre bon vieux Zombie des familles dans celle des infectés. Il devient un véritable sportif de haut niveau qui sous couvert d'un nouveau virus dévastateur (surement dérivé de la gastro-entérite vu le pas de course...) se met à courir plus vite que Ben Johnson et à jouer de la mâchoire sur à peu près tout ce qui passe. Il n'en faudra pas plus pour relancer une machine tombée dans la désuétude et dans l'anonymat (les Zombies n'avaient plus que le Z de leur nom et n'étaient plus visibles que dans certaines productions indépendantes sans le sou) et pour lancer le remake du film de celui qui a tout initié: "Zombie"."Dawn of the Dead" de Zack Snyder voit alors le jour et applique le concept des morts qui font de l'athlétisme au supermarché de Romero, non sans un certain brio d'ailleurs. Pas moyen ce coup-ci d'attraper le dernier Kinder Bueno dans le rayon bonbons sous peine de perdre les siens car les morts vont vite, très vite et ils ont la dalle! La machine est donc relancée et c'est même George lui même qui reprendra temporairement la main avec une nouvelle trilogie dont il a le secret. "Land of the dead" puis "Diary of the dead" ouvrirons le bal avec plus ou moins de réussite et "Survival of the dead" le fermera sous les huées d'un public ayant le sentiment d'avoir été berné (le film est, on peut le dire, complètement raté..). Nous passerons sous silence les "Resident Evil" de Paul Anderson, adaptations totalement foirées d'un jeu vidéo culte de Capcom par un mec qui n'a absolument rien compris à la série ou pire encore le "House of the Dead" de Uwe Boll qui touchait carrément le fond (et encore je pense qu'à l'heure actuelle il creuse encore..); bref, il y a de nouveau du fric à se faire et ça les majors l'ont bien compris.. 28 semaines plus tard (sic), l'adaptation de la BD à succès "Walking Dead" débarque en série TV et tout bascule.. Les morts ont de nouveau la classe et font exploser l'audimat. Dès lors, les budgets s'envolent; même Brad Pitt s'y colle avec "World war Z" (dont la suite est déjà annoncée) ou le Gouvernator Schwarzie avec "Maggie".. Je ne sais pas si leurs idées ont du génie (celle là elle est dure..) mais une chose est sûre: le Zombie est de retour et son règne est bien parti pour durer...

davidJe m'excuse à l'avance pour ceux que je vais offusquer en ayant,volontairement ou non, passé sous silence certains films représentant nos dévoreurs de chair préférés. La liste était de toute façon bien trop longue pour tout caser ici et les discussions bien trop riches pour un pauvre chroniqueur comme moi. Je vous invite à passer sur la page Facebook de Grim afin de continuer à en parler à la bien (ou directement via les commentaires ou le forum si vous êtes inscrits ici). Mais tout de même, c'est assez drôle vous ne trouvez pas? Romero a instauré une vision critique au travers de sa première trilogie qu'il transgressera lui même bien des années plus tard. Notre société fait de nous des dévoreurs, des infectés.. Infectés au réseau, à nos téléphones, dévoreurs de contenus, toujours plus de contenus. Les Zombies étaient autrefois lents, décharnés et l'évolution a accéléré leur besoin de sang en même temps que leur allure. Tout comme nous, ils courent désormais après des choses qui ne sont finalement pas vitales, puisqu'ils sont déjà morts... Comme dit l'adage, nous sommes ce que nous mangeons; et en l’occurrence ici, nous mangeons ce que nous sommes..

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