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19Jan/160

Critique: La colline a des yeux – Alexandre Aja – 2006

collineSynopsis:
Afin de fêter leur anniversaire de mariage, un ancien policier et sa femme demandent à leurs enfants de partir  avec eux en Californie. Voyageant en caravane et perdus au beau milieu du désert, ils vont prendre le mauvais embranchement et croiser la route d'une famille de mutants nés après les essais nucléaires lancés dans la région. Ils vont alors vivre la plus longue et douloureuse nuit de leur vie...

L'avis de David:
Le principe du remake ravive en permanence la peur chez moi et c'est déjà pas si mal vous me direz (surtout quand il s'agit d'un film dont c'est le but premier). Reprendre le flambeau derrière un Wes Craven alors en pleine forme (même si maintenant son film a beaucoup vieilli), fallait oser. Coller ça dans les mains du petit jeunot Aja, fils d'Alexandre Arcady et n'ayant réalisé qu'un seul film notable dans le genre (même si c'est "Haute tension" que j'aime beaucoup), fallait carrément être optimiste. Et pourtant la magie a presque instantanément opérée chez moi. Alors certes, le début peut paraître un peu longuet, la mise en place paresseuse (surtout après cette introduction sauvage magnifiée par un générique en total décalage agrémenté de photos réelles), mais elle semble nécessaire afin de poser les bases de ce qui sera un piège monstrueusement ignoble. Les personnages ratissent large et je dois avouer que les poncifs habituels ne nous sont pas épargnés; comme pour nous dire "mais oui les gars, vous êtes bien devant un film d'horreur type, plan-plan" (la façon de les faire mourir le sera beaucoup moins).. On trouve donc le père flic bourru amoureux des armes et se croyant invincible, la maman toute mielleuse, les deux ados en pleine rébellion et le jeune couple moderne avec son bébé. Tout ce petit monde ne se supporte pas vraiment mais va devoir pourtant se serrer les coudes (enfin pour ceux qui en auront encore) si ils veulent passer la nuit. Parce que oui, ce qui va les attaquer ne fera pas de détail et c'est là que Aja place la barre très très haut. Quand les mutants tenus dans l'ombre depuis le début se décident à passer à l'attaque, c'est notre épiderme qui va avoir du mal à ne pas se hérisser sous nos vêtements (pour ceux qui sont déjà à poil ça ne compte pas). Cet affrontement de deux "clans" aux valeurs bien éloignées n'épargnera personne... Le déferlement de sauvagerie que l'on pouvait craindre claque comme un coup de poing et à l'horreur de la situation s'ajoute la frustration de ne pouvoir que regarder ce que subissent les protagonistes (plusieurs séquences usent intelligemment de ce ressenti comme lorsque Doug entre dans la caravane puis en ressort sans même se rendre compte que les assaillants sont à l'intérieur). Viol sauvage sacrément dégueulasse (en même temps ils le sont tous), personnages abattus en pleine tête à bout portant et même calibre pointé en vue subjective sur un bébé, rien n'est épargné à notre bonne vieille dame censure qui va s'en trouver sacrément malmenée. Et une fois démarrée, l'orgie ne s'arrête plus. Baston mémorable entre Doug et Pluto (joué par un Michael Bailey Smith monolithique que l'on retrouvera également dans le second opus), mutants monstrueux, têtes transpercées de toute part (même si le plantage de drapeau Américain alimentera un peu la polémique) et tout ça dans un bain de crasse et de sang qui donnerait presque envie d'aller prendre une douche (la musique industrielle qui cogne sans cesse ajoute encore plus à ce sentiment qui n'en avait déjà pas besoin). Les amateurs de gore seront aux anges. Fidèle à l'original dans sa sauvagerie mais le supplantant dans la débauche de barbaque, Aja signe un remake nécessaire, utile même qui rend un vibrant hommage à la version de 1977 tout en s'en éloignant par touches tantôt subtiles, tantôt franches et massives. La fin par exemple, est très différente du film de Craven. Le dénouement peut sembler plus "heureux" (le premier se terminait sur une scène de sauvagerie totale) mais à y réfléchir ne l'est pas vraiment (comment survivre dans le désert, blessés, sans eau..); et que dire de cette personne qui semble encore les observer. De nouveaux mutants prêts à bondir ou juste une manière de dire que nous, "les spectateurs", sommes les voyeurs... 

Alexandre Aja signe ici le remake parfait, collant à l'original (qu'il a avoué adorer) tout en sublimant le matériau d'origine. Le glauque instauré par Craven devient ici malsain, pesant, sans issue possible, d'un nihilisme implacable. Les fans de gore ne seront pas oubliés avec des débordements sanglants orchestrés d'une main de maître par l'atelier KNB en grande forme. Bref, un joyeux spectacle qui devrait ravir les aficionados d'horreur que nous sommes. Monsieur Aja, chapeau bien bas!
5s5


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