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16Mar/160

Critique: Carrie au bal du diable – Brian De Palma – 1976

carrie_1976Synopsis:
Carrie White vit seule avec sa mère (donc du coup elles sont deux) prônant une éducation catholique à l'extrême. Elle est continuellement raillée par ses camarades d'école et devient la risée du Campus. Un jour, l'un des garçons les plus populaires vient lui demander de l'accompagner au bal de fin d'année. Mais derrière cette apparente gentillesse se cache un noir dessein qui va faire basculer Carrie dans l'horreur..

davidL'avis de David:
Grand prix du prestigieux festival d'Avoriaz en 1977, ce "Carrie" adapté du roman éponyme de Stephen King est une petite perle à bien des égards. Il ne trahit tout d'abord jamais le matériau d'origine et se permet même de le sublimer à l'écran. Brian De Palma, sorti du tournage du cultissime "Phantom of the Paradise", apporte donc sa patte à cette histoire d'horreur qui n'est finalement qu'une image d’Épinal à la crise de l'adolescence. Crise qui nous est exposée dès le début du film avec ce fameux plan séquence montrant des demoiselles sous la douche (le niveau de nudité est assez étonnant pour l'époque, alternant entre le premier et le second plan en permanence) et plus particulièrement la jeune Carrie, blafarde, frêle, à l'écart. Celle-ci découvre avec une panique incontrôlée qu'elle est devenue une femme et a l'impression de mourir à la vue de ses premières menstruations (mais le passage à l'âge adulte ne peut-il pas être considéré comme la mort de l'enfant qui est en nous?). Un rapport à la sexualité évident pour tout le monde (encore une histoire de petite mort..) sauf pour Carrie qui ne se fiait jusque là qu'à ce que sa folle obscurantiste de mère pouvait lui raconter sur la vie. En lieu et place de soutien elle trouve des moqueries, la non compréhension d'un monde dont elle ne fait pas partie. Sissy Spacek, alors âgée de 25 ans (mais n'en paraissant que 16 tout au plus) nous livre une interprétation de haute volée, en permanence entre la fragilité et la violence; une violence "coincée" en elle depuis si longtemps et qui explosera lors de la fameuse scène du bal. Mention spéciale également à l'interprète de la maman, Piper Laurie, qui même si elle parait assez différente du roman (elle y est obèse, monstrueusement laide et toujours habillée de noir) fait littéralement froid dans le dos. On retrouvera aussi quelques trognes qui auront leur heure de gloire comme John Travolta ("Grease"), Nancy Allen ("Robocop') ou encore William Katt ("House") à la chevelure improbable.. Il est également intéressant de constater que De Palma va jusqu'à jouer des couleurs et de l'éclairage pour nous balader dans le quotidien de cette "martyre" malgré elle (couleurs sombres,noires quand Carrie est chez elle et jaunes,vertes,rouges,criardes quand les scènes se passent à l'extérieur); brillant. Cette folie contenue dans ce si frêle petit corps donnera lieu à quelques séquences particulièrement bien troussées ou notre héroïne déchaînera les éléments contre ceux qui l'ont fait tant souffrir jusqu'à se retourner contre sa cinglée de mère (qui finit embrochée de la même manière que le buste de Jésus présent dans le placard ou elle l'enfermait..). Encore une fois, les couleurs et le son (musique sublime de Pino Donaggio au passage) comptent beaucoup pour le réalisateur puisque le massacre de la salle de bal se verra affublé d'un filtre rouge terrifiant et d'un silence long et pesant qui pourtant en dit beaucoup.. A des milliards de kilomètres du remake réalisé en 2013 (qui n'avait décidément rien compris) et critiqué ici, nous proposant une version "moderne" de la jeune fille qui du coup perd toute crédibilité... A noter en passant que l'école dans laquelle se passe le film se nomme "Bates High School"; je ne voudrais pas m'aventurer sur le chemin de la psychose mais il me semble reconnaître le nom d'un protagoniste de notre ami Hitchcock (on se souviendra même de quelques sons stridents quand la mère de Carrie brandit son couteau pour attaquer sa fille)...  Une pépite à l'état brut qui ne vieillit pas, comme ne vieillissent pas la haine et la vengeance, deux sentiments qui deviendront les fers de lance des deux ré-adaptations commises un peu plus tard. A noter: ce film se base sur l'oeuvre de Stephen King qui parut originalement aux Editions Doubleday en 1974. Ce fut le premier roman publié par King. Suivez ce lien si vous souhaitez lire sa critique sur horreurlitteraire.com.

"Carrie" est sans conteste avec "Simetierre","Cujo" et quelques autres triés sur le volet, l'une des meilleures adaptation du King. Mais c'est aussi une belle leçon de cinéma par un des maîtres du genre. Oubliez le moyen "Carrie 2, la haine" et surtout l'ignoble remake de 2013 "Carrie, la vengeance" et préférez revoir cet indémodable fleuron du film d'horreur eighties.
5s5


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