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6Avr/160

Critique: Dead Zone – David Cronenberg – 1983

deadzoneSynopsis:
A Castle Rock dans le Maine, Johnny Smith avait tout pour être heureux. Un emploi de professeur, des parents aux petits soins et surtout une fiancée qu'il aime par dessus tout et avec qui il va se marier très bientôt. Tout lui souriait jusqu'à cette terrible nuit ou il est victime d'un accident qui va le plonger dans le coma pendant 5 longues années. A son réveil, tout a changé. Sa fiancée s'est mariée, il a perdu son emploi, mais surtout il semble faire preuve d'un don bien particulier qui va le dévorer de l'intérieur...

davidL'avis de David:
Dans la carrière d'un mec comme Cronenberg, les films cultes s'empilent et ne se ressemblent presque pas."Rage","Chromosome 3", "Scanners", "Videodrome" et ce "Dead Zone" directement adapté de la nouvelle éponyme de Monsieur Stephen King, roi du cale étagère qui fait peur. On y découvre un Christopher Walken d'abord diminué, aussi bien moralement que physiquement, suite à un terrible accident de voiture (serait-ce un parallèle avec le réalisateur qui venait de se gaufrer lamentablement avec "Videodrome" ) mais qui va vite retrouver une certaine forme de confiance en lui au travers d'un don très particulier issu de son passage de "l'autre côté". Car oui, ces 5 ans passés dans le coma vont faire naître en lui le pouvoir de voir l'avenir de ceux qu'il touche, spécialement quand il est sombre et incertain (l'avenir). Cronenberg suit tranquillement le récit du King, sans faire trop de vagues (à peine une ou deux incartades gores) et parvient à nous embarquer dans le quotidien devenu mouvementé de cet homme qui a presque tout perdu. Tout de même fidèle à lui même, le réalisateur se plait à filmer son "héros" plongé dans une solitude forcée, laissé pour compte par une vie qui a déroulé sans lui. Il a laissé passer sa chance d'être heureux (le refus de passer la nuit avec sa fiancée qui le conduira à l'accident) et va en quelque sorte devenir une sorte d'âme en peine, errante, capable d'aider les autres à faire les bons choix. Jusqu'à l'arrivée d'un psychopathe briguant le siège de président (joué par Martin Sheen) qui va tout à coup donner un véritable sens à la nouvelle existence de Johnny. Existence qui va prendre la forme de celle d'un nouveau Christ, sorte de Jésus des temps modernes, destiné à devenir martyr pour sauver l'humanité. Le réalisateur de "La mouche" explore ici une facette encore plus noire et pessimiste de son talent, mêlant mélancolie et paranormal, servant au mieux l'excellent texte de l'auteur de "Shining". DZ8Outre une poignée de scènes qui feront furieusement penser au "Silence des agneaux" avant l'heure (l'enquête sur le serial killer, éclairée d'une manière similaire au chef d'oeuvre de Demme, principalement dans l'antre du tueur), le film enchaîne quelques morceaux de bravoure et bénéficie d'une interprétation irréprochable de Christopher Walken mais aussi de Brooke Adams, tout deux formant un duo d'amoureux toujours épris l'un de l'autre et conscient de l'immense gâchis de leurs vies respectives. Johnny s'éteint à mesure que son don grandit et plus rien ne le retient dans ce monde qui l'a laissé sur le bord de la route. Étrangement, lorsque son ex-fiancée lui consacre un peu de temps et lui offre quelques moments en famille, comme pour lui montrer ce que sa vie aurait pu être sans ce drame, il reprend des forces, et oublie ce pouvoir qui le vampirise peu à peu. Phénomène de balancier, l'espace de quelques instants, c'est elle qui a un don, c'est elle qui voit. Mais le répit est de courte durée et tout nous ramènera vers ce choix Cornélien évoqué à mi-parcours: "Que feriez-vous si vous pouviez changer l'avenir? Si vous saviez qui était Hitler, l'auriez vous tué avant qu'il n'arrive au pouvoir?". Vaste question qui ne fait que nous recentrer sur l'essentiel: "Si vous saviez ce qui vous attend, vous ne perdriez plus de temps en considérations inutiles. Vous profiteriez de la vie qu'on vous a offerte et vous aimeriez les gens qui vous entourent de toutes vos forces, sans concessions".. Malheureusement, c'est souvent à la fin de notre existence, dans la zone morte, que tout cela devient évident.

"Dead Zone" est une oeuvre majeure, un film différent de ce à quoi nous avait habitué Cronenberg. Plus triste, mélancolique mais moins glauque, transcendé par un Christopher Walken habité par le rôle de cet homme qui se vide peu à peu de son âme. Les dons ont toujours un coût et tout se paie, même la vie. Une magnifique adaptation de Stephen King qui réussit là ou tant d'autres se sont cassés les dents.
5s5


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