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11Avr/160

Interview: Bisopsie d’un amoureux du genre, David Didelot

daviddidelotSi on pouvait qualifier David de passionné, l'adjectif serait encore faible. Véritable fondu de Bis et du cinéma de genre en général, il est également le co-fondateur du désormais célèbre "Vidéotopsie", fanzine aux allures de pro qui en est déjà à son numéro 17 (à réserver ici d'ailleurs). Véritable touche à tout et encyclopédie vivante de toutes les pires bisseries ayant vu le jour sur nos écrans, le bonhomme se paie en plus le luxe de nous pondre un ouvrage complètement indispensable puisqu'il causera de la vie d'un illustre maître du genre, Bruno Mattei. Alors avant de rentrer dans le vif du sujet, d'attacher David à une chaise et de le torturer en lui faisant écouter du Chantal Goya jusqu'à ce qu'il parle (ou qu'il fasse une hémorragie de l'oreille), suivez les deux liens qui doivent se trouver pas très loin en dessous et pré-commandez tout ce que vous pouvez. Déjà parce qu’il n'y en aura surement pas pour tout le monde et ensuite pour voir si tout est vraiment pré-commandable (la paire de lunettes de David? une mèche de cheveux? un ongle de pied?). Bref, je ferme ma grande gueule et je laisse la place à quelqu'un qui a vraiment des choses intéressantes à dire (mais c'est pas une raison pour oublier de cliquer sur les liens quand même hein!). Monsieur Didelot, l'auditoire est tout à vous!

bruno Videotopsie17_UneBonjour David, très heureux que tu acceptes de répondre à notre interrogatoire forcé (même si c’est sous la torture mais on en parlera pas). Avant de commencer on va peut-être te demander de te présenter un peu à nos lecteurs : nom/prénom c’est bon, taille, mensurations, dessert préféré..
Salut David. Alors écoute, j’ai largement passé la quarantaine (ouais, et j’ai même connu la fameuse crise !), je suis prof de français dans le civil (personne n’est parfait !), je mate pourtant plus de films que je ne lis de livres, je me bousille les oreilles en écoutant pas mal de hard rock, j’aime ma femme et mon fils… et je fume trop ! Ah oui, j'ai des verres progressifs depuis peu :  c'était ça ou des double foyers (te marre pas Rigs !) car je n'y vois plus rien sans ça. Mais bon, je suis encore vert hein : mensurations ? Euh... 25 cm au moins ! Et j'aime pas les desserts, sauf la galette des Rois... quand j'ai la fève !

Tu peux nous décrire un peu ton parcours, ce qui t’as amené à nous offrir des bijoux comme « Vidéotopsie » ou encore cet itinéraire bis de « Bruno Mattei »?
En fait, j’avais au début des années 90 un pote collectionneur de VHS et totalement fondu de cinéma bis qui, en plus, lisait pas mal de zines (Monster Bis, Ciné Zine Zone…). Il m’a refilé le virus du fanzinat et nous avons décidé, nous aussi, de nous lancer dans la rédaction d’un zine, le nôtre, qu’il a donc appelé Vidéotopsie… Notre premier numéro, consacré entièrement à cette dinguerie de "Virus Cannibale", ressemblait plus à un rapport de stage qu’à un fanzine, mais bon... Il est sorti en novembre 93, tiré à un nombre d'exemplaires tout à fait ridicule ! Ca fait longtemps que je n’ai plus aucune nouvelle de ce mec, et c’est bien dommage. Des histoires d’ego nous ont un peu séparés, et je le regrette aujourd’hui…virus-cannibale-2Avant cela, j'ai eu ma période vidéoclub dans les années 80, quand j'avais quatorze ou quinze ans : je suis entré en contact avec le cinéma bis lorsque j'ai commencé à visiter de manière systématique les vidéoclubs qui fleurissaient à l'époque à tous les coins de rue. Je me suis donc mis à louer les films dont les jaquettes m'avaient tapé dans l'œil et c'est de cette manière que je suis entré en contact avec ce cinéma-là. En lisant aussi, bien sûr, et Mad Movies en particulier, puisque c'est le premier magazine sur le cinéma fantastique que j'ai acheté. Je suis d'abord passé par le fantastique et l'horreur, qui furent ma porte d'entrée vers le bis de manière générale. Le cinéma d'action m'y a amené également, mais c'est vraiment par le genre horrifique que je suis "entré en cinéma bis", en louant mes premiers Fulci, mes premiers D'Amato, mes premiers Lenzi ou mes premiers Argento, même si le concernant, on ne peut plus vraiment parler de cinéma bis…Quant au livre sur Bruno Mattei... Une vieille histoire là encore, liée à mes premiers émois de vidéophile. Un réalisateur dont le côté iconoclaste et désordonné  m'a toujours intéressé. En 2001, j'avais fait paraître un numéro spécial de Vidéotopsie consacré au bonhomme. Mais mes potes et moi avions oublié pas mal de choses et avions aussi commis beaucoup d'erreurs... Alors quand Thierry Lopez d'Artus Films m'a proposé il y a deux ans le projet d'un livre sur ce réalisateur, mon sang n'a fait qu'un tour... jusqu'à mon clavier, mes DVD et mes VHS ! Ni une ni deux, j'ai repris la trame de mon numéro spécial, je l'ai évidemment enrichi, corrigé, amendé et complété, pour aboutir donc à ce livre, Bruno Mattei - Itinéraires Bis. Ca peut paraître étrange, mais c'est un peu l'ouvrage d'une vie pour moi : oui, vous avez le droit de rire !

tu_aim10Sinon, tu aimes les combats de gladiateurs ?
Oui bien sûr, mais seulement dans le cinéma porno interracial.

La production de ces dernières années divise beaucoup les fans de bisseries comme nous. Qu’en penses-tu et y a-t-il selon toi des perles qui méritent le détour?
Alors on va d'abord donner dans les incontournables du genre : Suspiria bien sûr, chef-d’œuvre absolu de Dario Argento, espèce de conte déviant et pervers pour adultes, jamais égalé à mon sens… Le "Zombie" de Romero également (montage Argento… encore !) et sa mythique musique du groupe Goblin. Toujours au rayon gore, le bien malsain "Blue Holocaust" de Joe D’Amato, "Emanuelle et les derniers Cannibales" du même D'Amato (un blason pour moi, un film quasi génétique d'un esprit, d'une ambiance), et "Frayeurs" de Lucio Fulci (une aura macabre jamais égalée depuis…). Plus avant dans le temps, et vraiment très bis, il faut aussi voir "Vierges pour le Bourreau" de Massimo Pupillo (1965), film bien décalé et bien sadique, ou cette folie indonésienne qu'est "Le Justicier contre la Reine des Crocodiles" (1984) : comme le dit un ami, j'échangerai sans hésiter toute la production de ces 20 dernières années contre ce seul film, modèle de cinéma honnête, sincère et naïf. L'enfance de l'art en un mot ! Je ne peux pas citer un seul réalisateur, mais s'il fallait en choisir quelques-uns, je dirai Joe D'Amato et Bruno Mattei, et, dans la catégorie "supérieure", George A. Romero. blueLe cinéma bis comme je l'entends, ce sont des films pleins de promesses, de surprises pour le spectateur (qu'ils soient bien ou mal branlés selon la doxa en vigueur, mais ça on s'en fout !),  avec une nette prédilection pour les années 70 et 80. On ne se refait pas : personnellement, je suis un enfant des défunts vidéoclubs, dans lesquels j’ai passé des centaines d’heures à flasher sur des centaines de jaquettes ! Je continuerai donc à causer de mes réalisateurs fétiches, style Joe D’Amato et quelques autres plus obscurs. Plus ça va, plus je m'aperçois d'ailleurs que l'horreur et le fantastique ne sont plus les seuls "genres" qui m'intéressent : j'adore par exemple le cinéma érotique, et nous en parlerons donc de plus en plus.Aujourd'hui... Bof. Je sais, c'est un peu con et limite réac... Mais je m'en fous. En fait, je ne sais pas trop, car l'époque m'intéresse moins. Autant c'est toujours très bête de dire systématiquement "c'était mieux avant", autant c'est très con aussi de penser qu'un art ne connaît pas ses périodes de régression et ses trous noirs... Il existe aujourd'hui un cinéma indépendant sûrement très intéressant, je ne le nie pas. Mais l'esprit "bis" auquel je suis sensible ne souffle plus vraiment. Je ne retrouve pas cette naïveté et cette sincérité qui pouvaient traverser le cinéma populaire dans les années 70 ou même au début des années 80… D'autant que le fantastique et l'horreur, pour parler de ces genres-là, sont tellement à la mode aujourd'hui qu'on ne peut plus vraiment parler de cinéma "bis". C'est quasiment des grosses productions, désormais. En revanche, il existe toujours un cinéma "parallèle", mal considéré la plupart du temps, et dans lequel on peut sûrement pêcher quelques jolies perles.

Bruno Mattei était un vrai maestro du bis, spécialiste de la démerde, McGuyver du gore. Comment t’es venu l’idée d’autopsier sa carrière ?
Comme je te le disais précédemment, c'est une vieille histoire, qui remonte en fait aux origines de ma passion pour le cinéma bis italien. matteiDans les films de Bruno Mattei, on trouve toujours quelque chose de surprenant, quelque chose d'amusant, quelque chose qui va déstabiliser le spectateur, que tu ne trouveras pas ailleurs, quelque chose de décalé. Bien sûr, tout cela est souvent maladroit et bricolé, et c'est même parfois malhonnête. Mais il y a quelque chose de touchant et d'attendrissant avec ce mec qui a fait des films à la chaîne et qui a continué jusqu'à sa mort, envers et contre tout. Et puis quelque chose se noue entre le spectateur et ce réalisateur : une proximité, une complicité ténue, des codes qui se mettent en place, une sympathie au sens étymologique du terme. Je me refuse d'ailleurs à appeler ces films des "nanars". Je n'aime pas cette attitude qui consiste à se marrer de ces films… Bien sûr qu'ils sont parfois amusants, mais ils ne sont pas que ça. Il y a quelque chose qui relève en quelque sorte d'un amour du cinéma, de la pellicule, de la caméra, une envie folle de tourner de la part de ce réalisateur, même avec des budgets misérables, même avec des acteurs souvent "limite". Et je suis assez sensible à ça. Bien sûr, je ne suis ni aveugle ni bêtement fétichiste, je connais les limites de ce cinéma, mais je me refuserais à le clouer au pilori (celui de la critique assassine ou de la dérision cynique, très à la mode depuis quelque temps).

tu_aim10Tu es déjà allé dans une prison turque ?
Oui, mais toujours accompagné de gladiateurs.

Parlons un peu de « Vidéotopsie », ça doit être un sacré boulot d’éditer un truc quasi pro aussi fourni et aussi complet dans ses colonnes ? Nous on s’est essayé à l’affaire à Grim dernièrement et c’est pas gagné..
Merci pour le compliment, mais Vidéotopsie est quand même plus "quasi" que "pro"!  Un truc de passionnés oui, un truc d'amateurs au sens étymologique du terme, oui, mais pas un truc pro, même "quasi", ça non… D’ailleurs, je ne sais pas trop ce que signifie l’adjectif « pro »  en matière de presse cinématographique… en dehors bien sûr de la dimension pécuniaire liée au « professionnalisme ». Et si « pro » veut dire « être payé », alors là, on est « pro » puissance moins 10 !  Par contre, quand on fait un article, un dossier ou une interview, c’est clair, on essaie de faire ça bien, de soigner l’expression, de vérifier les infos, de préparer le truc en amont. Puis il y a un gros travail en aval : on se relit quoi, ne serait-ce que par respect pour nos lecteurs et pour les films dont on traite.

La collection « Gore » de chez Fleuve Noir qui a bercé notre adolescence, tu connais bien apparemment ?
Comme beaucoup de gens de ma génération, j'ai découvert la Collection Gore lorsque j'étais ado, au milieu des années 80, notamment grâce à L'Ecran fantastique qui publiait alors de sacrées pages promo pour cette Collection ! J'ai acheté mon premier Gore au printemps 1986, et mon intérêt pour ces petits bouquins délirants et dégueulasses est allé grandissant avec les années, parallèlement à ma passion pour le cinéma d'horreur et le cinéma bis. goreQuand on a sorti Vidéotopsie, je n'avais rien oublié de la Collection Gore. J'ai donc décidé d'en causer dans mon fanzine et j'ai contacté Daniel Riche (fondateur de la Collection), via le Fleuve Noir. Celui-ci m'a très rapidement répondu et nous avons alors entretenu une belle correspondance. Fort de mes souvenirs de lecture et persuadé que cette Collection avait marqué les esprits plus qu'on ne le pensait, j'ai publié quelques articles sur le sujet (Nécrorian, Corsélien, Axelman), et j'ai fait parler quelques-uns des auteurs (le sympathique N. G. Mount, François Sarkel, François Darnaudet... et Daniel Riche). J'avais bien dans l'idée que la Collection Gore méritait mieux que quelques papiers dans un fanzine, l'idée d'un livre me trottait déjà dans la tête, mais entre le vouloir et le pouvoir...  D'ailleurs, quel éditeur  assez fou aurait publié un truc pareil  ?  Pas facile à dénicher, surtout quand on n'a pas les bons codes d'entrée...  Le projet est donc resté en jachère pendant des années, comme mon fanzine d'ailleurs. Et puis j'ai appris le décès de Daniel Riche. Gros coup de bambou sur la tête d'abord, avant de me remettre au "travail" : j'ai repris les chroniques, j'ai multiplié les fichiers Word sur mon ordi, j'ai contacté quelques fondus de Gore pour qu'ils m'épaulent, j'ai établi une espèce de sommaire qui couvrirait tous les aspects de la Collection... Bref, le projet était reparti, quitte à sortir la chose dans un ou deux numéros hors-série de mon fanzine. Je m'étais un peu "résigné" (le mot est impropre) à cette solution, jusqu'à ce que Thierry Lopez d'Artus Films me propose carrément l'idée d'un livre... qui a vite remplacé le projet d'un numéro hors-série de mon fanzine ! C'est ainsi qu'est né Gore - Dissection d'une Collection, mon premier bouquin. Gratias maxima à lui et à Kevin Boissezon, car sans eux,  point de livre.

C’est un peu la tradition ici à Grim, le dernier mot est pour le site, ce que tu aimes, ce que tu aimes moins, ce que tu voudrais bien voir, etc.. Hésite pas, on aime avoir mal
Ah tu sais, je suis un gentil moi... Bon d’abord, merci à toi David, pour cette interview, c’est cool ! Trois mots, ou un peu plus : visitez Grimmovies, téléchargez Grimzine, écoutez "Radio Médusa" (animée par Didier Lefèvre, fondateur du meilleur zine cinoche de tous les temps, Médusa Fanzine !), jetez-vous quand même sur le prochain "Vidéotopsie" (sortie début mai) et, surtout, continuez à lire des zines et à regarder du cinéma bis : c'est encore le meilleur moyen de lutter contre la marvellisation des esprits !

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