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13Mai/163

Critique: La mouche – David Cronenberg – 1986

lamoucheSynopsis:
Seth Brundle est un scientifique un peu excentrique mais terriblement doué. Il parvient à concevoir un prototype de machine permettant de faire voyager un objet via la téléportation. Amoureux d'une journaliste, il va lui offrir l'article de sa vie en décidant de tester sa machine sur un être vivant. Après des essais peu concluants sur des babouins, il va choisir de se téléporter lui même sans se rendre compte qu'une mouche va être du voyage...

davidL'avis de David:
Cronenberg reprenant le concept de "La mouche noire" de Kurt Neumann (1958), cela ne pouvait faire que des étincelles. Quelques Bzzzzz plus tard, le couperet tombe. "The Fly" est très certainement un des fleurons du film d'horreur des années 90, rien de moins. Une expérience qui tourne mal (certains cherchent toujours ce qui passe par la tête d'une mouche lorsqu'elle heurte un parebrise; et bien moi je peux vous dire que c'est son cul), un personnage principal peu confiant en lui qui va peu à peu basculer vers la folie et une bonne dose de scènes cracras sont donc au programme de ce nouveau film du Monsieur déjà coupable des excellents "Scanners","Dead Zone" ou encore "Chromosome 3". Cronenberg nous prend donc par la patte pour nous faire vivre une expérience unique, celle de la transformation d'un homme en insecte et de toutes les subtilités que cela comporte. Quoi de plus normal quand on veut piquer la vedette à Dieu lui même que de se faire pousser des ailes et de se les brûler par la même occasion? Brundle n'était de toute façon pas dans la norme dès le départ, présentant une personnalité trouble qui ne fera que se transcender par la suite. En se "désincarnant" de son enveloppe humaine il va rapprocher son "âme" du créateur, de la perfection, tout en foirant totalement l’exécution de sa pirouette génétique. Saupoudré tout ça d'un triangle amoureux tragique (l'amant obsessionnel qui harcèle son ex-amie, elle même dingue de son nouvel amant qui lui souhaiterait carrément "fusionner" avec elle) et vous obtenez la recette gagnante chez Crocro (oui j'ai envie de l'appeler Crocro, c'est parce que je l'aime bien). mmTout ce qui est récurent dans ses productions est ici synthétisé avec brio: le sexe, la fusion des chairs, l'éclosion de la chrysalide, voir même la transformation complète d'un organisme en un autre qui n'était pas forcément préparé à ça (la mouche a dû faire la gueule quand on lui a expliqué la finalité). Jeff Goldblum semble se taper des barres (asymétriques) et campe un mouchard plutôt convaincant alors que Geena Davis assure le minimum syndical, mais bon, rien de dommageable. Inutile de vous préciser que le tout est parsemé de scènes gores du plus bel effet, soulignant une transformation du scientifique qui fait mal à voir (Chris Walas signe ici de superbes effets de maquillages). Ingrédients indispensables pour éviter de succomber à la piqûre de la tsé-tsé et de toute façon récurrents dans la filmographie du bonhomme (Si Tim Burton l'avait réalisé comme c'était prévu au départ, la finalité n'aurait peut-être pas été la même; le ton employé non plus d'ailleurs). En creusant un peu plus loin on pourrait même trouver un parallèle avec "la métamorphose" de Kafka (ou tomber sur une taupe, c'est selon). En effet, la différence ou simplement la peur de l'inconnu peut vous faire rejeter par les autres et même quand tout semble aller pour le mieux, un tout petit bug dans la matrice peut allègrement faire basculer une existence toute entière. Un pan entier du film joue sur ce sentiment qui nous a tous un jour travaillé l'esprit. L'envie d'aller un peu plus loin, d'avoir encore un peu plus, peut-elle nous faire perdre tout ce que nous avons? Rien n'est moins sûr.

Une nouvelle fois, Cronenberg signe une oeuvre intemporelle qui n'a pas pris une ride. Sous couvert d'un divertissement Hollywoodien, il nous assène une réflexion sur la condition humaine plus pointue qu'elle n'y parait. Le film oscille entre le choc, le dégoût et la tristesse avec un brio hors du commun et trouve encore plus écho dans notre actualité. Jusqu’où ira la science si on ne lui impose pas de limite? Tremblez moucherons, et surtout évitez les parties de bras de fer... ça fait mal au bras..
5s5

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