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4Août/160

Critique: Max et les maximonstres – Spike Jonze – 2009

maxmaximonstresSynopsis:
Max est un jeune enfant perturbé par la disparition de son père. Agité jusqu'à en être violent, il provoque une dispute avec sa mère et s'enfuit de la maison familiale. Dans un parc, il trouve un bateau qui va le mener tout droit vers une île remplie de monstres à la fois fantastiques et terrifiants..

davidL'avis de David:
En ces temps suicidaires pour les équipes de méchants en détresse, quoi de plus rafraîchissant que de revoir ce merveilleux film de Spike Jonze ("Dans la peau de John Malkovitch" ou encore "Her") qui semble avoir tout compris à ce que peut ressentir un enfant cristallisant toutes ses peurs à l'aide de son imaginaire intarissable. Alors attention, ceci n'est pas un film pour enfant. On pourrait le croire parfois tant l'aspect des monstres animés par Jim Henson va dans ce sens, mais que nenni. Les plus petits passeraient certainement à côté de l'analyse sous-jacente ou au pire n'y verraient pas grand intérêt. Ce sont les adultes les vrais bénéficiaires de cette fable fantastique qui pourrait servir de "pont" entre les générations; comme un véritable outil de communication, une sorte de décodeur. Tiré d'un livre illustré de Maurice Sendak, ce "Where The Wild Things Are" nous apporte une vision intelligente de tous ces monstres qui vivent en nous et qui contribuent à ce que nous devenons tous un jour, des adultes. Nous suivons donc Max dans ses pérégrinations, incompris par sa mère qui l'élève seule et qui préfère un soir se réfugier dans son imaginaire. Il se retrouve alors dans un monde peuplé de monstres énormes dont il va devenir le roi. Et les voilà les vrais stars du film: Carol, KW,Ira,Alexander,Judith,Douglas ou bien Bull, des monstres qui représentent chacun soit une facette de la personnalité de Max, soit un proche qui interagit avec lui dans la vraie vie (sa mère, sa soeur, son professeur). C'est à l'aide de ces pièces sensorielles que Spike Jonze va tenter de reconstruire le puzzle du passage à l'adolescence du garnement. Les créatures sont à ce titre particulièrement déroutantes. En plus d'être animées à la perfection, elles passent en un claquement de doigts d'un aspect mignon à celui d'un prédateur inquiétant qui pourrait vous dévorer en un instant (certaines séquences sont à ce titre presque inquiétantes). Notre jeune héros tente de régner tant bien que mal sur cette petite cour et ménage les susceptibilités de chacun afin de trouver l'équilibre. maxCet équilibre qui nous permet à tous de vivre ensemble au sein d'un même foyer et qui ne tient souvent qu'à un fil. La jalousie (Judith qui voit Max gravé son nom sur un arbre avec Carol), la peur de l'autre (les deux chouettes), le besoin d'être écouté et entendu (Alexander, introverti à l'extrême), autant de sentiments qui trouveront écho chez l'enfant et qui lui rendront la tâche terriblement difficile. Un combat qui se soldera par un passage dans le monde adulte (la longue traversée d'un océan de vide) et qui fera comprendre à l'enfant que dans la vraie vie c'est sa mère épuisée qui le mène face à autant de Carol,Ira,Alexander ou Judith, tous présents au travers de son fils. Le sentiment de solitude, véritable pierre angulaire de l'histoire, est ici traité via plusieurs points de vue (le manque d'un mari pour la maman et d'un père pour Max) et ne fait que confirmer que nous avons besoin les uns des autres, que l'amour est une composante essentielle à la vie. Jonze filme l'intérieur du crâne de l'enfant de main de maître, usant de décors superbes (le fort, entièrement construit sur le set et ayant nécessité pas moins de 400 personnes pour sa fabrication), d'un cadre parfait, d'un éclairage malin (les monstres deviennent menaçants dès que la luminosité se fait plus faible) et d'effets spéciaux bluffants (les mimiques faciales des monstres sont impressionnantes). Ah oui, je ne pouvais pas terminer cet avis sans parler de la fantastique bande sonore ("All is love" de Karen O et Nick Zinner) qui vous transporte tantôt avec légèreté tantôt avec puissance vers ce monde en dehors du temps, accentuant encore si besoin était toute la force de la palette de sentiments qui nous est proposée. Brillant.

Vous l'aurez compris, cette adaptation de l'oeuvre illustrée de Sendak (qu'on a tous un jour ou l'autre croisée dans un camion bibliothèque garé devant l'école) m'a touchée, et ce n'est rien de le dire. Triste, euphorisant, plein de délicatesse et violent, c'est une véritable leçon de vie que nous assène Jonze du bout de sa caméra. Elle trouvera forcement écho en chacun de nous, certains monstres nous semblant familiers à bien des égards. Un conte pas si enfantin que ça finalement, pétri d'intelligence et qui titillera la corde sensible des grands mômes que nous sommes. Différent donc précieux, tout simplement.
5s5


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