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24Mar/170

Interview: Fan de cinéma Underground, à l’abordage!

Ici à Grim, on aime presque tous les cinémas, surtout ceux qui (f)tâchent au gros rouge et qu'il ne faut pas mettre entre toutes les mains (ou yeux c'est selon si vous êtes sourds ou pas). Notre chemin a donc croisé celui d'un honnête gourou, patron d'une secte adoratrice des pires atrocités et de tout ce qui s'échange un peu sous le manteau: le cinéma extrême Underground. Tinam Bordage nous fait donc l'honneur de répondre à deux trois questions et nous gratifie en plus de la sortie d'un ouvrage traitant du sujet. Tout un programme. Aurions nous trouvé encore plus barge que nous?

Bon Tinam, t'es qui d'abord?
Un élitiste sectaire condescendant et un énorme connard, mais je pense que le gens exagèrent un peu. Je me considère plus comme un acharné complètement animé par sa passion. Récemment on m'a aussi traité de «caractériel» après m'avoir longuement complimenté, j'ai trouvé ça troublant. Déjà, je rédige des nouvelles depuis que j'ai l'âge d'écrire. Alors, j'ai commencé en phonétique sur des morceaux de papier déchirés, et maintenant je viens de sortir mon second livre. Sinon, je publie régulièrement des articles sur le site sadique-master, et désormais j'organise depuis 3 années consécutives un festival de cinéma sur Paris consacré au cinéma underground extrême: Le sadique-master festival.

Le Sadique Master, une association, un festival, tu peux nous en parler un peu ?
Au départ, c'est un blog, puis un forum et enfin un site. Ensuite, c'est devenu un festival virtuel et rapidement réel. L'association qui ne représente finalement pas grand-chose a juste été créé pour le coté légale et pratique de l'événement et des tout ce qui se fait autour de Sadique-master.

As-tu déjà pratiqué une autopsie sur un écureuil ?
Haha, non, jamais. Je ne suis pas un grand adepte du zoo-sadisme. Il me manque visiblement quelques signes annonciateurs pour correspondre au parfait profil du psychopathe.

Bon nombre de films indépendants et uniquement disponibles via des circuits fermés sont de véritables œuvre cultes. Tu as tes préférés je suppose ?
Cultes dans leur milieu, oui, bien-sûr. J'éprouve vraiment une grande affection pour "Melancholie Der Engel" de Marian Dora ainsi que pour "Subconcious Cruelty" de Karim Hussain. Plus récemment, "Found" de Scott Schirmer m'a aussi complètement séduit.

Tu aimes les combats de gladiateurs ?
Absolument ! Et je pense même que ça manque cruellement à notre société actuelle. Je suis clairement pour la restauration des combats de gladiateurs. Peut-on dire que c'est un fantasme alors que ça a déjà existé ? Ça permettrait de revenir à l'essentiel de notre instinct prédateur totalement corrompu et dénaturé par l'asservissement de l'homme. Peut-être qu'avec des spectacles attractifs de cet acabit, les voyeurs accros aux émissions stupides et malsaines quitteraient leur canapé et sortiraient de ce confort illusoire pour se confronter physiquement à la violence du monde réel. Qu'est-ce que les fight-club clandestins en Thaïlande par exemple? Exactement la même chose, dans un contexte différent. Bien-sûr que les gens ont besoin de ça. Lorsqu'ils lisent un article sur la page Facebook du Parisien où une mère vient de tuer son enfant dans la machine à laver, ils libèrent leur haine et l'abreuvent d'insultes, lui souhaitent une mort lente et douloureuse...Cessons cette haine stérile et mettons les tous dans une arène, chacun un glaive à la main. (NDLR: putain je déconnais mais tu m'as tué)

Je suppose que quelques perles du cinéma conventionnel ont tout de même tes faveurs ? Y a-t-il des œuvres que tu aimes particulièrement…
Ma spécialisation dans le cinéma underground extrême n'exclut effectivement pas ma passion pour le septième art dans toute son étendue. Par exemple, un de mes films préférés ne comporte absolument aucune goutte de sang mais représente une violence émotionnelle rarement égalée, je parle du sublime "Melancholia" de Lars von Trier. Pour tout avouer, Lars von Trier figure même parmi mes réalisateurs préférés et je crois ne jamais avoir été déçu par l'une de ses œuvres. Je suis aussi un grand fan de cinéastes comme David Lynch, Greg Arraki, Winding Refn, ou même plus mainstream comme David Finsher. J'apprécie aussi beaucoup le cinéma social Anglais dans l'univers d'Alan Clarke et de Shane Meadows ou encore la SF d'anticipation Polonaise des années 70/80 avec des réalisateurs tels que Wojciech Has ou Piotr Szulkin.

…et d’autres que tu détestes ?
Je déteste tous les films de Spielberg déjà pour la façon dont ils sont constitués et ensuite pour ce qu'ils représentent. Je rejette aussi fermement les comédies Françaises actuelles, le cinéma Canois moraliste, la nouvelle vague de films d'horreur «surnaturel» qui recyclent les mêmes clichés jusqu'à l'épuisement avec une écriture des plus soporifiques. J'avoue avoir quand même du mal avec le cinéma trop stupide, ou alors il faut que sa stupidité dépasse l'entendement et qu'il devienne à son insu un nanard, comme par exemple "Banlieue 13" de Pierre Morel. Là, j'aime bien.

Certains films underground poussent parfois le bouchon bien loin (un peu comme nous, mais c’est pas le même), frôlant même l’illégalité. Que pense tu de cette omerta autour de certains devenus cultes (mais restés dans l’ombre) et du mécanisme opéré sur le spectateur lors de leur visionnage ? Un phénomène de société ?
Certains deviennent même totalement illégaux mais s'en sortent malgré tout, d'autres non. Par exemple, réaliser une œuvre comme "Maladolescenza" (1977 – qualifiée comme pédopornographique mais encore possible à obtenir) aujourd'hui est absolument impensable, Pier Guissepe Murgia serait expédié en prison et le film complètement détruit un peu partout. Ensuite, beaucoup passent par la censure pour des raisons pas toujours légitimes, tandis que pour d'autres ça peut se comprendre...Toute une partie de la filmographie de Marian Dora n'est jamais sortie et il a du procéder à une autocensure à cause de certains aspects (pour des raisons de «légalité», comme il dit). Certains films déjà parus sont même clairement amputés et remontés à cause de scènes trop tendancieuses. Difficile pourtant d'y croire lorsque l'on voit parfois le niveau de déviance de l'œuvre finalisée...

Tu as un bouquin sur le cinéma extrême en préparation. On me souffle même dans l’oreillette qu’il sera bientôt disponible et qu’une séance de dédicaces à Paris sera organisée. Tu peux nous en parler un peu ?
En effet, je considère un peu cet ouvrage comme la bible du cinéma extrême puisqu'il apporte pour la première fois une vision intégrale aussi large que détaillée. Comme son sous-titre l'indique, c'est une « dissection du cinéma underground extrême » sous toutes les faces, toutes les coutures, en ne négligeant rien. Pour ne pas me contenter d'un assemblage formel, j'y ajoute une vision philosophique, sociologique, psychologique, et humaine. Chaque élément constituant ce cinéma fait l’objet d'une analyse; alors on commence dans la synthèse et on avance vers quelque chose de plus précis.On traite de la moralité, de la fascination/répulsion (donc par extension, du voyeurisme), de la catharsis, du rôle de l'art, de la frontière entre le réel et le fictif....

Et les cartons ? Les trucs à venir, le croustillant, on aime bien les ragots ici, surtout quand ce n’en est pas.
Alors nous sommes toujours dans l'idée d'une prochaine édition du sadique-master festival mais nous ignorons encore si nous nous accordons ou non une année de pause afin de se régénérer afin que le festival évolue (et régler pas mal de soucis) . Sinon, plusieurs projets en lien avec Sadique-master germent déjà depuis un moment et peuvent se concrétiser dans un avenir proche ou plus lointain, mais cela reste encore actuellement assez flou.

Dernier petit point et c’est une autre tradition chez nous, tu peux nous donner ton avis sur le site, ce qu’il faudrait changer, améliorer ? (va y, fais nous mal !)
Absolument horrible. Lorsque tu m’as proposé cette interview, j'ai d'ailleurs hésité à refuser « rire ». Non, sérieusement je pense que dans ce qu'il représente, votre site est efficace. Donc je n'y vois pas grand-chose à redire.

Voilà, un grand merci à Tinam, gentleman du genre Underground (ça va lui faire plaisir ça tiens) qui grâce à son livre (disponible aux éditions Camion Noir) nous éclaire un peu plus sur cette zone sombre de notre divertissement préféré. N'hésite pas à t'arrêter à nouveau si tu vois de la lumière en tout cas, en général la porte est toujours ouverte (c'est peut-être une connerie d'ailleurs...). 

 

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