Synopsis:
A la suite du décès de sa tante, Pauline hérite d’une maison et décide de s’y installer avec ses deux filles. Après une brève mais dérangeante rencontre sur la route, elles arrivent enfin dans la demeure et commencent à poser leurs affaires. Leur apparente tranquillité sera de courte durée puisque des psychopathes débarquent de nulle part et prennent d’assaut les lieux…

L’avis de David:
Ah la la, Monsieur Laugier… Vous allez encore me rendre la tâche bien difficile.. Je suis tiraillé entre mon envie de parler du film avec tout ceux que je croise (vous y compris chers lecteurs) et ma conscience qui me dit de ne pas trop en parler justement, rapport aux spoilers que je pourrais balancer sans le vouloir et qui ruinerait une partie de l’expérience (sans compter les bourre-pifs qui risqueraient de pleuvoir)… Mais que voulez-vous, on ne se refait pas; et puis tout comme « Martyrs » (que j’ai également adoré, si l’on peut dire), « Ghostland » est un film qui demande à être commenté, discuté, compris, et ce, de multiples manières, selon sa sensibilité. Donc voilà, en écrivant cette critique pour partager mon enthousiasme avec vous, je savais à l’avance que j’allais me coller dans une galère de tout premier ordre.. Tant pis, je chausse les rames et larguons les amarres… Nous allons donc faire la connaissance de Pauline (jouée par une Mylène Farmer surprenante et absolument parfaite) et de ses deux filles: Beth et Vera. Cette dernière est plutôt l’adolescente typique, en colère contre le monde entier (sa mère en tête) alors que Beth est une rêveuse à l’imagination débordante. Tellement débordante qu’elle rêve de devenir écrivaine (la nouvelle H.P. Lovecraft, son modèle) et invente des histoires en permanence (l’histoire du tueur au camion qui ne tue que les parents nous montre à quel point elle peut-être inventive dans le macabre en plus de nous aiguiller sur pas mal de choses à venir). L’irruption des deux « monstres » (l’un est un adepte des petites culottes et de leurs odeurs et l’autre du travestissement) va briser nombre de ses attaches à cette réalité qu’elle n’aime pas tout en révélant en elle un côté obscur; une obscurité qui prendra le pas sur tout le reste, comme une carapace, un pièce noire dans laquelle on ne peut pénétrer et qui se superposerait à des événements trop durs à digérer. Laugier fait une nouvelle fois preuve d’un brio et d’une intelligence hors norme pour filmer cette mise en abîme dont on ne sortira pas indemne. Tantôt ultra-violent et dérangeant, tantôt posé et inquiétant, le film nous étreint et nous entraîne pour une danse macabre qui pourrait représenter les différentes « étapes » de notre « petite » existence… Véritable Charon voguant sur les marais de l’Achéron, le réalisateur nous fait traverser ce Styx avec perte et fracas et nous montre froidement de quels bas instincts certains individus de notre espèce peuvent faire preuve. Cette temporalité chaotique sert également une réflexion sur la famille et ses représentants: le premier tueur, brutal, monolithique, représente l’image du père et le travesti celle de la mère. Dans l’histoire de Beth, ils ne tuent que les parents et laissent les enfants seuls. En fait, ils ne les tuent pas, ils prennent leur place et laissent les enfants seuls face à leur nouvelle vie d’adulte source de bien des craintes et de conflits (l’attaque a lieu juste après les premières règles de Beth qui quitte alors l’adolescence). Bien souvent, cette nouvelle vie fait de vous sa chose (pour rester poli), sa poupée, son jouet… Je ne m’étendrais bien évidemment pas trop sur la fin, véritable claque puissante dans les ratiches qui peut de surcroît être appréhendée de bien des manières.. L’une d’elles, et sans spoiler, nous ramène directement au fait que Laugier est un auteur lui aussi et que ce n’est qu’une histoire finalement.. Et il adore raconter des histoires…

  • 9/10
    Scénario/Histoire - 9/10
  • 8/10
    Trouillomètre - 8/10
  • 6/10
    Gore/Effets sanglants/Violence - 6/10
  • 7.5/10
    Ambiance musicale - 7.5/10
  • 8/10
    Effets-spéciaux - 8/10
10/10

Conclusion

Véritable bijou de la part d’un réalisateur dont on n’attendait pas moins, « Ghostland » a eu sur moi l’effet d’une bonne patate de forain. Introspectivement, il questionne sur les types d’événements qui façonnent la psychologie d’une personne, sur ce qui fixe les règles d’une vie qui frappe de plus en plus fort avec le temps. Réalisé de main de maître, violent (très), dérangeant (très), Laugier nous offre un petit chef-d’oeuvre dont on ne sortira pas indemne.

Réactions
Et puis tant qu'on y est, vous pourriez également apprécier