Grimmovies – Critique de film d'horreur et fantastique Site de critiques de films d'horreur et fantastiques

Critique: Pas un bruit (Hush) – Mike Flanagan – 2016

Synopsis:
Maddie est une jeune écrivain devenue sourde et muette après avoir attrapé une méningite lorsqu'elle était adolescente. Elle vit depuis peu recluse dans une grande maison au fond des bois afin de terminer sereinement son dernier roman. Malheureusement pour elle, un terrifiant tueur en série va jeter son dévolu sur sa demeure et elle va devoir se défendre coûte que coûte pour survivre à cette nuit qui s'annonce sanglante...

L'avis de David:
Je vous jure j'ai pas fait exprès... J'en entends déjà certains "Il n'a d'yeux que pour ce réalisateur, il a des actions chez Flanagan, tout ça pour gratter un cocktail".. Mais non mais non, je vous arrête! C'est en déambulant nonchalamment sur Netflix que je suis tombé sur ce "Pas un bruit" qui m'a interloqué et que j'ai donc regardé dans la foulée avant de me rendre compte lors du générique final qu'il s'agissait ENCORE d'un film de Mike Flanagan ("Ouija, les origines", "Before I wake", "Absentia"). Décidément très prolifique dans le genre que nous aimons, le gus s'attaque cette fois à l'exercice périlleux du Home-Invasion. Autant le dire tout de suite, tout ou presque a déjà été tenté dans le domaine et il serait fort étonnant qu'on arrive encore à nous surprendre avec cette recette. Du coup, notre touche à tout cinéphile décide d'ajouter un peu de piment à la sauce en rendant son héroïne sourde et muette. Alors? Ça marche? Oui, mais pas forcément pour les raisons imaginées au départ. L'efficacité va primer ici sur l'originalité et c'est bien devant une péloche sévèrement burnée que l'on se retrouve, aucun doute n'est permis. Flanagan met curieusement un peu de côté le handicap de Maddie (qui deviendra une force le temps d'une scène clé) et ne se sert finalement que très peu de ses autres sens aiguisés comme des couperets, restant prudemment sur un sentier balisé, presque convenu, mais diablement efficace. Le film est court (une petite heure vingt au compteur) mais la tension ne faiblit pas, grâce notamment à un tueur sadique particulièrement retors qui prendra un malin plaisir à faire mijoter notre piégée malentendante. Très peu de personnages interagissent avec nos deux protagonistes mais les scènes fortes s’enchaînent sans faiblir et c'est bien la première fois que je peux dire que Flanagan s'est un poil lâché sur le gore. Gorges tranchées ou transpercées (avec geysers de sang à la clé), tête explosée et surtout LA scène qui fait mal quand on la regarde: un éclatage de main à coups de pieds qui fera ressembler celle-ci à une oeuvre de Dali tant les doigts finiront asymétriques et en escalier (sincèrement la scène m'a piqué la rétine). La réalisation est comme toujours ultra efficace, les acteurs très bons (mention spéciale à Kate Siegel qui campe une sourde-muette particulièrement déterminée) et quelques scènes arrivent tout de même à nous prendre à rebrousse-poil (Maddie qui "perd" une vie et le tueur qui se sert d'un cadavre comme d'une marionnette pour frapper à la porte sont d'un glauque absolu). Malin. Au rayon des petites choses qui fâchent, on notera quelques trous scénaristiques ou réactions incohérentes des personnages et un classicisme qu'on aurait aimé voir écarté au profit de la singularité de l'héroïne. Autre déception, on ne saura rien sur le tueur et ses motivations, dommage. Bref, pas de quoi fouetter un chat, qui ne le sera pas d'ailleurs puisque c'est à peu près le seul à sortir indemne du machin...

Encore une réussite de Mike Flanagan qui nous prouve qu'il excelle dans à peu près tous les sous-genres de l'horreur. Après les fantômes et les mauvais esprits, il jette son dévolu sur une histoire de tueur fou pas piquée des hannetons. Un excellent moment à ne pas passer en famille, tendu, âpre et violent qui met définitivement du baume au cœur de l'amateur d'horreur cinéphilique. Amis Grimmers de tous bords, vous pouvez y aller les yeux fermés (ça changera), parole de scout mort.

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Critique: Before I wake – Mike Flanagan – 2016

Synopsis:
Un jeune couple dévasté après le décès accidentel de leur fils décide de devenir parents à nouveau en adoptant un jeune garçon. Tout semblait bien se passer jusqu'à ce qu'ils se rendent compte que des choses étranges se passent lorsqu'il s'endort. Ses rêves (mais ses cauchemars aussi) semblent prendre forme dans la réalité...

L'avis de David:
"Ahhhhhh jeune Flanagan.. La chance s'envole, l'esprit s'décolle mais il nous reste la picole".. Ok, j'aurais pu choisir meilleure introduction que cette strophe lâchée par un poète cuité tout juste sorti d'un cocktail, mais Tom m'en aurait voulu et en plus je l'aime bien moi Bryan Brown.. Bref, revenons à nos papillons et faisons l'apologie de ce réalisateur novateur maniant la caméra comme personne et réussissant à chaque fois à transformer la pellicule en or, quel qu’en soit le sujet. Après un "Ouija, les origines" de très haute volée qui avait réussi à nous coller les poils jusque dans le dos, Mike Flanagan remet le couvert et se tourne vers le drame intimiste à tendance fantastico-horrifique.. Parce que oui, nous ne sommes pas vraiment devant un film d'horreur, pas complètement en tout cas. Distribué par Netflix chez nous à grand renfort d'affiche dégoulinante et inquiétante, "Before I wake" trompe son monde et même si certains passages montrent bien la maîtrise du bonhomme dans l'art de nous faire changer de couche plus souvent qu'à l'habitude, l'essentiel n'est pas là, pas cette fois. Thomas Jane et Kate Bosworth font bien le job et donnent la réplique à un Jacob Tremblay ("Oppression") tantôt inquiétant, tantôt franchement touchant. Parce que oui, c'est là que la substantielle moelle tient toute sa saveur. L'histoire nous plonge littéralement dans l'univers de ce gamin perturbé en nous entraînant dans un tourbillon d'émotions qui va peu à peu nous empêcher de discerner le vrai du faux. Tout ça jusqu'à un final au twist déchirant, d'une tristesse immense, qui en plus de vous laisser sur le cul vous remplira d'une mélancolie qui en deviendrait presque apaisante. La métaphore avec les papillons est à ce propos d'une intelligence rare; colorés au début, symbolisant la vie, et devenant noirs lors de la progression du mal. Le tout est filmé avec une grande sensibilité et l'utilisation de certains effets propulsent quelques plans au panthéon du genre. Une musique tout aussi magnifique termine d'achever le pauvre spectateur venu trouver bonheur et on peut vraiment se demander comment on faisait avant Flanagan (avec les "Dans le noir","Annabelle" et consorts Blumesques). Pourtant, tout n'est pas totalement parfait. Le rythme, même si le film ne prétend pas envoyer la sauce à coups de grosse caisse et d'effets digitaux, aurait parfois gagné à être accéléré et certains passages raccourcis, mais je chipote. Quelques facilités auraient également pu être évitées, deux trois trous scénaristiques et un monstre qu'on aurait pu rendre encore plus effrayant (même si après avoir vu la fin on se rend compte qu'il arbore la pire des apparences, tellement familière...); rien de grave en somme mais un poil pubien ou pas bien qui empêche le film de venir se classer comme le tout meilleur de son auteur.

Encore une petite perle à ajouter au palmarès d'un réalisateur qui décidément les aligne. Un peu film d'horreur, un peu effrayant, terriblement touchant et laissant un goût de mélancolie après sa vision, "Before i wake" vaut largement le détour pour quiconque voudrait voir quelque chose de différent, de plus intime qu'à l'accoutumée. Bravo jeune Flanagan, vous l'avez fait. On dit souvent que pour devenir riche il ne faut rien offrir; et pourtant vous faites tout l'inverse (loi de Coglin)...

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Critique: Incarnate – Brad Peyton – 2016

Synopsis:
Le Dr Seth Ember est ce que l'on appelle un "incarné". Il a la faculté de s'introduire dans l'esprit de personnes possédées par des entités démoniaques afin de les exorciser. Lorsque le Vatican demande son aide face au cas extrêmement sévère d'un jeune garçon, celui-ci est terrifié à l'idée de retrouver un démon qu'il ne connait que trop bien puisqu'il est responsable de la mort de sa femme et de son fils.. Le combat qui se prépare pour sa rédemption sera probablement son plus difficile...

L'avis de David:
Brad Peyton est un honnête faiseur de bobines à qui l'on doit entre autre le "San Andreas" du Rock invincible ou encore la comédie infantilo-débile "Comme chiens et chats, la revanche de Kitty Galore" (avec un Channibal Lecter à l'affiche tout de même), ce qui n'augurait pas d'un film très jusqu'au-boutiste dont la particularité serait d'oser toutes les transgressions qu'on pourrait attendre dans le genre. Pire encore, la mention "Par les producteurs de Insidious et The purge" posée bien en haut de l'affiche annonçait même une nouvelle colique néphrétique de la maison Blum à la sauce dragée Fuca saupoudrée d'une bonne dose d'anti-vomitif  histoire de ne pas perdre trop de monde dès le premier quart d'heure.. Le Mc Donald de l'horreur quoi.. Et bien croyez le ou non, cet "Incarnate" venu de nulle part n'est pas la purge (ah ah ah) annoncée et s'avère même plutôt agréable à regarder. Attention, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit, on est très loin du chef d'oeuvre; on se situerai plus entre deux eaux, entre un divertissement finement calibré et un machin généreux qui essaye de bien faire. On retrouve Aaron Eckhart ("The Dark Knight", "La chute de la maison blanche") qu'on avait pas perdu finalement (en tout cas il ne nous manquait pas trop) dans le rôle d'un "expulseur" capable d'enfumer et de faire sortir un démon de sa planque plus vite que Chuck Norris ne compterait jusqu'à l'infini. En bon "yes man" qui se respecte, Peyton soigne son cadre, dirige un minimum ses acteurs et nous enfume nous aussi par la même occasion en nous racontant une histoire avec autant de trous qu'un bord de gruyère rassi. On se retrouve au final avec un curieux mélange d"Inception", "Sos fantômes" et bien entendu l'"Exorciste" qui bouffe à tous les râteliers mais sans jamais en remplir aucun. Mais c'est là que le vrai miracle opère... Malgré tous ses défauts (et il y en a un paquet), le film réussi à garder coûte que coûte ses spectateurs et leur offre même quelques séquences qui parviennent à faire mouche (David -Gotham- Mazouz, qui joue le gamin possédé, fait sacrément bien le job). Comble de tout, le final en tiroirs arrive à nous faire peur en prétextant un happy-end destructeur cher aux productions Hollywoodiennes avant de nous rabattre le caquet avec un démon presque impressionnant toutes cornes dehors (je dis "presque" car on ne le voit finalement que très peu mais c'est suffisant pour faire plaisir aux fans de boucs rageux bien énervés). On pourra bien évidemment regretter l'inexpérience de Peyton dans le domaine qui, même si il veut bien faire, enfonce des portes ouvertes et ne parvient jamais vraiment à effrayer le chaland. Prévisible, mais pas sans saveur, en tout cas pas totalement. Le personnage de Seth Ember attise notre curiosité, et même s'il aurait mérité un traitement de plus haut vol, il reste  suffisamment intéressant pour ne pas nous ennuyer. Ce nouveau modèle de "prêtre" matriciel, capable de s'insinuer dans le rêve (ou le cauchemar d'ailleurs) d'un possédé afin de l'en sortir nous fait rêver à une suite réalisée par un roublard comme Mike Flanagan ("Ouija les origines") ou même à une série, format qui conviendrait parfaitement à ce genre d'histoire. Bref, on ne s'improvise pas faiseur de cauchemar, même si on aime les raconter (oui je sais, ça ne veut rien dire, mais on ne s'improvise pas Victor Hugo non plus, même si on est misérable)..

"Incarnate" est un petit film tout sauf déplaisant à condition qu'on le regarde avec l’œil indulgent du spectateur venu se divertir sans espérer dénicher une nouvelle perle du genre. Un petit plaisir généreux qui s'apparenterait à une grosse religieuse dont on aurait enlevé la moitié de la crème (rien de plus déprimant qu'un chou vide). Une moitié de réussite donc, mais qui évite la benne à bouzes déjà bien remplie de ce genre de productions dont le circuit est inondé ces dernières années.

 

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