Grimmovies – Critique de film d'horreur et fantastique Site de critiques de films d'horreur et fantastiques

Critique: Before I wake – Mike Flanagan – 2016

Synopsis:
Un jeune couple dévasté après le décès accidentel de leur fils décide de devenir parents à nouveau en adoptant un jeune garçon. Tout semblait bien se passer jusqu'à ce qu'ils se rendent compte que des choses étranges se passent lorsqu'il s'endort. Ses rêves (mais ses cauchemars aussi) semblent prendre forme dans la réalité...

L'avis de David:
"Ahhhhhh jeune Flanagan.. La chance s'envole, l'esprit s'décolle mais il nous reste la picole".. Ok, j'aurais pu choisir meilleure introduction que cette strophe lâchée par un poète cuité tout juste sorti d'un cocktail, mais Tom m'en aurait voulu et en plus je l'aime bien moi Bryan Brown.. Bref, revenons à nos papillons et faisons l'apologie de ce réalisateur novateur maniant la caméra comme personne et réussissant à chaque fois à transformer la pellicule en or, quel qu’en soit le sujet. Après un "Ouija, les origines" de très haute volée qui avait réussi à nous coller les poils jusque dans le dos, Mike Flanagan remet le couvert et se tourne vers le drame intimiste à tendance fantastico-horrifique.. Parce que oui, nous ne sommes pas vraiment devant un film d'horreur, pas complètement en tout cas. Distribué par Netflix chez nous à grand renfort d'affiche dégoulinante et inquiétante, "Before I wake" trompe son monde et même si certains passages montrent bien la maîtrise du bonhomme dans l'art de nous faire changer de couche plus souvent qu'à l'habitude, l'essentiel n'est pas là, pas cette fois. Thomas Jane et Kate Bosworth font bien le job et donnent la réplique à un Jacob Tremblay ("Oppression") tantôt inquiétant, tantôt franchement touchant. Parce que oui, c'est là que la substantielle moelle tient toute sa saveur. L'histoire nous plonge littéralement dans l'univers de ce gamin perturbé en nous entraînant dans un tourbillon d'émotions qui va peu à peu nous empêcher de discerner le vrai du faux. Tout ça jusqu'à un final au twist déchirant, d'une tristesse immense, qui en plus de vous laisser sur le cul vous remplira d'une mélancolie qui en deviendrait presque apaisante. La métaphore avec les papillons est à ce propos d'une intelligence rare; colorés au début, symbolisant la vie, et devenant noirs lors de la progression du mal. Le tout est filmé avec une grande sensibilité et l'utilisation de certains effets propulsent quelques plans au panthéon du genre. Une musique tout aussi magnifique termine d'achever le pauvre spectateur venu trouver bonheur et on peut vraiment se demander comment on faisait avant Flanagan (avec les "Dans le noir","Annabelle" et consorts Blumesques). Pourtant, tout n'est pas totalement parfait. Le rythme, même si le film ne prétend pas envoyer la sauce à coups de grosse caisse et d'effets digitaux, aurait parfois gagné à être accéléré et certains passages raccourcis, mais je chipote. Quelques facilités auraient également pu être évitées, deux trois trous scénaristiques et un monstre qu'on aurait pu rendre encore plus effrayant (même si après avoir vu la fin on se rend compte qu'il arbore la pire des apparences, tellement familière...); rien de grave en somme mais un poil pubien ou pas bien qui empêche le film de venir se classer comme le tout meilleur de son auteur.

Encore une petite perle à ajouter au palmarès d'un réalisateur qui décidément les aligne. Un peu film d'horreur, un peu effrayant, terriblement touchant et laissant un goût de mélancolie après sa vision, "Before i wake" vaut largement le détour pour quiconque voudrait voir quelque chose de différent, de plus intime qu'à l'accoutumée. Bravo jeune Flanagan, vous l'avez fait. On dit souvent que pour devenir riche il ne faut rien offrir; et pourtant vous faites tout l'inverse (loi de Coglin)...

Critique: Freddy sort de la nuit – Wes Craven – 1994

freddy7Synopsis:
Wes Craven écrit dans le plus grand secret une nouvelle aventure de son croquemitaine fétiche, Freddy. Il souhaiterait que Heather Langenkamp reprenne son rôle de Nancy une dernière fois mais celle-ci est très perturbée par les appels anonymes d'un psychopathe. Son fils Dylan semble également souffrir de cauchemars dans lesquels il voit le terrifiant monstre aux griffes d'acier... Celle-ci commence alors à douter de la non-existence de Krueger...

davidL'avis de David:
Dépité par le devenir de son personnage culte (faut avouer que les deux précédents flirtaient gentiment avec le naze et seul le 3 tirait vraiment son épingle du jeu), Wes Craven décide de reprendre les rennes de la série et d'offrir un baroud d'honneur à la star de nos nuits adolescentes. L'idée d'un film dans le film était plutôt intéressante et dénote une sacrée dose d'ingéniosité de la part du regretté réalisateur culte.Voir Bob Shaye, Robert Englund ou même Craven dans leurs propres rôles apporte une petite touche de "vrai" qui fait du bien face aux délires qu'étaient devenues chaque apparition de l'homme au chapeau et au pull rayé. Une sorte de "Tellement vrai" ou "Vis ma vie de tueur d'enfants" au pays du croquemitaine. Mais ce qui fonctionne à plein tubes sur le papier peine fortement à convaincre en live, la faute à un jeu un peu approximatif des "faux" acteurs (et même des vrais parfois, le gamin Miko Hugues est juste exaspérant) et à un doublage Français catastrophique (et je pèse mes mots) censé couvrir un blabla un peu trop présent. A force de vouloir se faire plaisir en interprétations et autres notes d'intentions littéraires (le conte "Hansel et Gretel" ou "Les frères Grimm".. Mouaaahhh je l'aime bien celui-là..), Craven oublie l'essentiel: faire un film d'horreur qui fait peur; et ça, c'est con. Du coup, passé l'amusement de la première demi-heure, on se met à reluquer tous les défauts qui nous sautent à la gueule et à se demander quand le premier frisson (même fugace) viendra pointer le bout de son nez. Comble du raffinement, cet opus est selon moi un de ceux qui a le plus mal vieilli. Sûrement la faute à des effets spéciaux bâtards (les touches de numérique mélangées aux effets traditionnels sont juste ignobles) qui piquent les yeux et à un cruel manque de présence de celui que tout le monde attendait: Freddy. Outre le fait d'avoir presque totalement changé son apparence (pour le rendre plus "démoniaque" sûrement; subterfuge qui fonctionne parfois mais qui tombe comme un œuf, comprenez à plat, la plupart du temps), on ne le verra finalement qu'une poignée de minutes à la toute fin du film, sorte de final en apothéose. Final qui retombe dans le grand guignol (toujours avec des effets de merde, soyons direct) incluant une mise à mort du monstre presque aussi naze que celle de l'épisode précédent (Rachel Talalay s'était pourtant surpassée..). On y a crû quelques fois pourtant, certaines métaphores étant plutôt subtiles et bien amenées (le gamin qui traverse l'autoroute bondée, sorte de raccourci montrant la prétention de la société moderne prête à écraser toute forme d'innocence dans son champ de vision) mais le cumul des fautes graves commises par Craven finit par nous laisser sur le bord de la route avec un sérieux goût de pneu dans la bouche..

Censé redorer le blason de la série et redonner un coup de jeune au pull rouge et vert de notre rêveur préféré, "Freddy sort de la nuit" (aka "Freddy's new nightmare") a finalement prix un sacré coup de vieux. Trop long, trop mou, trop bavard pour finalement pas grand chose, Craven rate le coche et nous livre un film d'horreur qui ne fait pas peur et qui ne fera pas non plus honneur à son personnage fétiche. Il faudra donc attendre Jason pour déterrer les gants et enfin se délecter d'un spectacle de qualité.. Chienne de vie.
2s5

Critique: Les griffes de la nuit – Wes Craven – 1984

nightmareSynopsis:
Nancy et ses amis sont des jeunes apparemment sans histoires. Ils sont pourtant tourmentés chaque nuit par un curieux personnage au visage brûlé qui les agresse dans leurs cauchemars. Devenant de plus en plus violents chaque nuit, l'un de ces horribles rêves va causer la mort d'un des ados et pousser le reste du groupe à rester éveiller quoiqu'il arrive.. Nancy va peu à peu découvrir l'horrible vérité sur un dénommé Freddy Kruegger..

L'avis de David:
Tourné après "La dernière maison sur la gauche" et "La colline a des yeux" ( mais aussi "La ferme de la terreur" et l'atroce adaptation de la créature du marais quand même..), "A nightmare on Elm-Street" deviendra l'un des plus gros succès du père Craven, engendrant près de 25 millions de dollars (alors qu'il en a coûté à peine 2..) et signant le point de départ d'une série connue de tous, portée par le très charismatique croquemitaine Freddy Kruegger. Rien que l'idée de départ valait clairement son pesant de cacahuètes, fleurant bon le génie avec ce boogeyman aux griffes d'acier qui chasse ses proies directement dans leurs rêves. Cette première apparition sur le devant de la scène de notre grand brûlé préféré est sans conteste la plus réussie car il nous impose tout sauf l'envie de nous marrer (au contraire parfois des épisodes suivants). Alors oui, il balance de temps à autres quelques vannes dont il a le secret ("Je vais te faire jouir salope".. sic..) mais il est tellement inquiétant dans son rôle de pédophile tueur au visage monstrueux que du coup les poils se dressent en lieu et place des zygomatiques.. En faisant appel à Robert Englund (vu dans certaines série télé comme "V, les visiteurs" ou bien dans le "Crocodile de la mort" du papa de "Massacre à la tronçonneuse"), Craven signe son deuxième coup de maître. Totalement habité, aux allures parfois de dessin-animé (Freddy fait penser au loup de Tex-Avery quand il se déplace, brinquebalant..), il inquiète, dérange et reste finalement longtemps dans l'ombre jusqu'à un final en apothéose (celui-ci ne totalise finalement que 7 minutes d'apparition sur toute la durée du métrage). Le réalisateur flirte en permanence avec le mauvais goût en laissant son monstre dériver et écorner à maintes reprises la bienséance (le gant entre les jambes de Nancy dans la baignoire ou sa langue qui sort du combiné téléphonique..), faisant de lui une sorte de "démon" lubrique tout droit sorti d'une fresque baroque cabotinant même quand il a les bras qui s'allongent (scène particulièrement bizarre qui met mal à l'aise).. Alors oui, le film a désormais bien vieilli et certains effets ont du mal à passer l'épreuve du temps (la doublure d'Englund qui prend feu dans son costume ignifugé, le mannequin en mousse qui passe au travers de la porte à la fin..) mais d'autres rattrapent aisément la donne et laissent encore pantois (le maquillage du monstre, le meurtre de Tina totalement hallucinant..); impossible également de passer sous silence la pétrifiante partoche musicale composée pour l'occasion par Charles Bernstein et qui restera dès lors dans toutes les mémoires. Au rayon des anecdotes on pourra citer la toute première apparition de Jack Sparrow sur un écran de cinéma (Johnny Depp dont c'est le premier film) ou bien encore notre Claude Chabrol national qui est à l'origine du titre Français de ce grand classique de l'horreur ('Les griffes de la nuit", c'est lui..). Pour les plus aguerris, sachez que quand Depp est venu auditionner, il s'est pointé avec son pote Jackie Earle Haley qui même si il n'a pas eu le rôle espéré, jouera Freddy Kruegger himself 26 ans plus tard dans le remake (totalement foiré lui par contre).. Comme quoi tout arrive à qui sait attendre..

Plus qu'un film, "Les griffes de la nuit" est une oeuvre culte qui même si elle a beaucoup vieilli, reste une pépite qui aura marqué l'histoire des films d'horreur d'une manière indélébile. Et c'est sans compter la mise au monde d'un des croquemitaines les plus célèbres du cinéma de genre. Rien que pour ça je crois qu'on peut parler d'un film qui compte, tout simplement..
5s5